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Mr Miyazaki nous offre une superbe contribution au « jidaigeki », genre de drame historique dans lequel se sont illustrés, entre autres, les cinéastes Akira Kurosawa ou Masaki Kobayashi.
« Dans la relation entre l'homme et la nature, il y a un aspect terrible , nullement idyllique, quelque chose de beaucoup plus vaste... ». Telle est la pensée de Miyazaki (lire l'interview), et tel est le cœur de son film. Terrible et vaste... Si l'univers qu'il a élaboré se révèle profondément singulier, c'est avant tout par sa cohérence. Les éléments y développent une réelle réflexion sur la place de l'homme dans son environnement. Inscrits dans un tableau cosmogonique, les images, magnifiques, sont surprenantes. Mais nulle gratuité, nulle recherche d'inédit ne guide tout cela. La signification et la symbolique priment toujours sur la forme. Si nombre de figures connues, de Kwaidan à Ran en passant par La Forteresse cachée sont convoquées, elles s'intègrent parfaitement à la tapisserie. La référence n'est là, en effet, que pour faciliter la participation au film ou pour en nourrir le sens.
Face à tant d'intelligence et de beautés picturales, le spectateur est pris d'un désir : celui de tout saisir, c'est-à-dire de tout voir. En cela, l'œuvre de Miyazaki l'amène dans le domaine de l'enfance. Car l'enfant est celui qui, mû par la curiosité, cherche à appréhender l'ensemble du monde se déployant devant lui. Il l'explore. Insatiable, il veut entendre, mais aussi voir et toucher. Miyazaki, probablement conscient de cette dimension, dessine des univers très sensuels. Dans un de ses précédents films, la fourrure de l'énorme Totoro semblait douce et accueillante. Et, de la rencontre de Ashitaka et de la princesse Monoké surgit une troublante impression érotique. Le héros, caché, observe la jeune fille suçant une plaie au flanc droit d'un loup. Soudain, elle se retourne et l'aperçoit. La seconde où leur regard se croise, alors qu'elle essuie violemment ses lèvres souillées de sang, est ainsi d'une rare intensité. Intensité d'autant plus étrange que nous assistons aux actes de créatures nées de l'encre et du celluloid. Mais, par le jeu des paradoxes, la force de cet instant provient peut-être de ce statut même.
Eisenstein a pu dire que la forme la plus achevée du cinéma était le dessin animé, car il permet le contrôle de tous les éléments contenus dans le cadre. Est grande alors la volonté des animateurs de peindre tout ce qu'ils aiment. Le hors-champ, si précieux au cinématographe en prises de vues réelles, devient de ce fait caduque. Selon un caprice enfantin, le spectateur en réclame même la disparition. Aussi, par la nature d'un instrument où les choses n'existent que parce qu'elles sont dessinées, et donc intégrées au cadre, tout nous est donné comme visible.
Dans la Princesse Mononoké, nous sentons l'aspiration de Miyazaki à sortir de cette fatalité. Il souhaiterait atteindre une poésie de l'invisible, celle du règne de l'imagination pure. La plupart de ses personnages tendent d'ailleurs à disparaître en s'évanouissant dans l'air. Le cinéaste souligne ainsi, dans leur absence, la permanence de l'impression qu'ils induisent. Mais il est confronté au désir du spectateur, à cette demande qui lui est faite de tout montrer, tant son talent est grand et sa réflexion riche et originale.
Et de l'heureuse abdication de l'auteur face à notre exigence naît notre plaisir, conforté, au dénouement, par la vision magnifique de la renaissance du dieu-cerf, peut-être une des plus belles représentations allégoriques du panthéisme.
Princesse Mononoké
de Hayao Miyazaki
Japon - 2h15 - 1997

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