Agents Secrets de Frédéric Schoendoerffer

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D.G.S.E. contre S.P.E.C.T.R.E.

Avec Scènes de crime, en 1999, Schoendoerffer le fils passait le polar "made in USA", avec flics et "serial killer", à la moulinette de la réalité française. Le mélange fut globalement apprécié, en partie grâce un souci de documentation. Aujourd'hui il réutilise la même recette avec le film d'espionnage. L'essai est bien moins convaincant.

Le cinéma français s'est peu aventuré du côté de l'espionnage. Les films affiliés au genre sont rares et les réussites se comptent sur les doigts d'une main. De ce côté-ci de la fiction, l'horizon est morne et l'écran bien plat. Aussi, quand pointe au loin une œuvre s'en réclamant, notre curiosité se réveille. Surtout si, comme cet Agents secrets, elle s'avance avec d'indéniables avantages, en particulier au niveau de la distribution.

Vincent Cassel, acteur à la gestuelle animale et racée, laisse rarement indifférent. Quant à Monica Bellucci, sa beauté et ses participations récentes à de médiocres productions ne doivent pas nous faire oublier le talent certain dont elle a su et sait encore faire preuve. Couple dans la vie, ils sont réunis ici par un scénario inspiré de manière lointaine par l'affaire du Rainbow Warrior. Cette accroche dans l'actualité, dans le fait divers, et le travail de documentation qui en découle sont assez peu fréquentes dans le cinéma hexagonal. C'est une des qualités qui distinguait déjà Scènes de crime, le premier et précédent film de Frédéric Schoendoerffer. Sur le papier, le projet est donc fort alléchant. Sur le papier seulement.

Car, si le film se veut d'inspiration réaliste, il n'a pas le courage de s'éloigner du spectaculaire. Il ne parvient pas à s'affranchir des modèles anglo-saxons. L'action fait régulièrement retour sous des formes qui se veulent impressionnantes. Cascades, poursuites en voiture, explosions déboulent sur le devant de la scène, avec une efficacité indéniable. Le réalisme est alors oublié, l'improbable et l'invraisemblance dominent. Ce ne serait pas problématique si un tiraillement ne se faisait sentir. En de nombreux instants, il est évident que la figure "jamesbondienne" agit selon une attraction-répulsion, parfois de manière ludique, plus souvent par une incapacité à lui résister.

Apparemment conscient de ce déséquilibre, de cette oscillation, le réalisateur cherche une solution de cohérence. Il croît la trouver dans l'onirisme, mais le remède est pire que le mal. Certaines scènes, significativement nocturnes, ont ainsi la texture du rêve. Elles semblent comme tombées de nulle part, sans cause ni effet. Elles cherchent à cimenter l'ensemble, à donner une apparence de continuité dans un assemblage de textures disparates. Mais, faute d'un metteur en scène à la hauteur des ces ambitions, la tentative échoue. La progression du récit, essentielle en ce domaine, se fait incertaine, au grand dam du spectateur, volé dans ses attentes.

Agents secrets
De Frédéric Schoendoerffer
Avec Vincent Cassel, Monica Bellucci, André Dussollier, Bruno Todeschini, Sergio Peris Mencheta, Ludovic Schoendoerffer, Serge Avedikian et les apparitions de Gabrielle Lazure et Charles Berling.
France, 2004, 1h49.

Manuel Merlet Le 30 March 2004

Sur le web : - Le site officiel du film : www.agents-secrets.com - Lire la chronique de Scènes de crime (2000).