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Conçu loin d'Hollywood, à Cinecitta en Italie, et produit par Mel Gibson lui-même, ce film n'a rien d'une production indépendante. C'est au contraire une œuvre réalisée sous influences, celles de la bêtise et de la laideur, et qui, après « Braveheart », film déjà pitoyable par son interminable représentation de la violence, en rajoute dans l'ignoble.
Tant de mots ont été prononcés et écrits sur ce film depuis l'annonce de son tournage et tant d'accusations lancées, souvent à l'aveugle, que l'on s'en voudrait d'en trop rajouter. Aussi nous nous bornerons à l'énoncé d'éléments dont il est difficile de dire si l'on doit en rire ou en pleurer. Ce calamiteux spectacle présente les douze dernières heures du Christ telles que narrées dans les Evangiles, de son arrestation au Jardin des oliviers à sa crucifixion, avec, en épilogue, sa résurrection. Sur un peu plus de deux heures, soixante-dix minutes sont consacrées aux flagellations et à l'agonie sur la croix. Jim Caviezel, très investi sous son maquillage sanguinolent et qui passe son temps à ouvrir la bouche pour exhaler un semblant de râle, a des yeux aux reflets… d'or. Le sang coule à flot, au point de recouvrir la figure de Maia Morgenstern, stabat mater extatique. Ce même sang laisse l'empreinte de la Sainte Face sur le linge tendu par Véronique. La colombe du Saint Esprit traverse le ciel, telle un signe. Les démons sortent de terre et Satan, d'un air étrangement androgyne, traverse une foule réclamant la mise à mort. Et Jésus le sauveur ressuscité a comme un air de "terminator" renaissant de ses cendres. On découvre ainsi que l'hémoglobine n'est qu'un écran de fumée destiné à masquer une représentation sulpicienne de la Passion. La pauvreté d'imagination n'a d'égale que la lourdeur de la mise en scène, élaborée autour de ralentis récurrents, survenant aux moments les plus fameux du récit.
Cela serait comique si Mel Gibson ne s'ingéniait à charger sans retenue les Hébreux. De l'arrestation du Christ à sa condamnation, il les rend responsable de tout, les Romains n'étant que le bras de la volonté haineuse des Pharisiens. Des aboiements de chiens sont même plaqués sur l'image de juifs cherchant à rosser un Jésus tombé à terre et que seuls retiennent quelques légionnaires. La bêtise de la forme rivalise ici avec la laideur du propos. La misanthropie du réalisateur est alors explicite, d'autant plus malsaine qu'elle avance avec les oripeaux de la tolérance et d'un message prétendument humaniste. Ce pitoyable film, dont la majorité des bénéfices ira à Mel Gibson, et ainsi, directement ou indirectement, à la secte qui l'a inspiré, est donc à éviter.
La Passion du Christ
Un film de Mel Gibson
Avec: Jim Caviezel, Monica Bellucci, Maia Morgenstern, Hristo Naumov Shopov, Claudia Gerini,, Hristo Jivkov, Francesco de Vito.
Sortie nationale le 31 mars 2004
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