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Pour ceux qui auraient manqué les épisodes précédents, imaginez qu'en avril 1966, le leader des Beach Boys venait en composant l'intégralité des titres de l'album PET SOUNDS (élu meilleur album de tous les temps dans la plupart des sondages spécialisés depuis plusieurs décennies) de révolutionner la manière de fabriquer les musiques populaires. L'album par delà ses hits planétaires (Wouldn't It be Nice, God Only Knows, Caroline No, Sloop John B, pour ne citer que ceux-là), tourneboulait la planète pop en positionnant pour la première fois le studio au cœur du mécanisme de production en tant qu'instrument à part entière.
En sortant de l'enregistrement de God Only Knows, Wilson a l'intuition, alors que les Beatles lancent l'impeccable Rubber Soul, que le futur de la pop passera par l'extension du travail de fourmi qui l'avait amené à « gérer » plus de 60 pistes (sans ProTool évidemment) sur certains titres au fil d'un album entier. SMILE devient pour Wilson le moyen d'introduire l'idée du concept album, d'une part, idée reprise ensuite sur le Sergent Pepper des Beatles, le Tommy des Who, ou le Soft Bulletin des Flaming Lips, et d'autre part, d'inventer, dans une certaine mesure, le travail multipistes qu'on retrouve aujourd'hui partout, de Radiohead aux... Link Up.
Le barre est placée immédiatement très haut (trop haut) quand émerge le premier titre de SMILE : le single Good Vibrations. On découvre alors que le travail de Wilson est extraordinaire et éminemment complexe. Plus de soixante mouvements sont composés pour couvrir une même section sonore. Wilson et son parolier Van Dyke Parks (20 ans au compteur contre 24 à Wilson) assemblent les morceaux à l'oreille au cours de sessions dont ils ne verront jamais la fin. L'année 1966 est passée en studio. Mc Cartney vient espionner le duo, jouant de la courge et de la carotte (il frappe des légumes les uns contre les autres sur Vegetables, l'un des 17 titres de Smile !), avant de retourner en studio avec Lennon et de doubler les Américains sur tous les tableaux autour d'une même idée directrice avec Sergent Pepper. En mai 1967, puis en juin, Wilson et Van Dyke Parks sont toujours au boulot.
On se doute alors que Smile ne sortira jamais. En septembre, la « 1ère symphonie divine pour adolescents » est enterrée. Wilson se perd peu à peu dans ses milliers d'heures de bandes sonores. Il ne parvient pas à boucler l'album, arrête quelques titres (Heroes and Villains, Surf's Up), tous des chefs d'œuvres, et effraie ses compères qui ne voient pas où il veut les emmener. En septembre, la maison de disques sort affolée un album temporaire Smile Smiley, tronqué et qui marque la fin de l'Age d'Or pour le groupe et son leader. Des titres sortiront ensuite, disséminés sur des albums différents, sans qu'on puisse jamais savoir à quoi Smile aurait ressemblé s'il était sorti en 1967. Wilson devient fou. Il s'abrutit avec les drogues qui l'aidaient à soutenir intellectuellement l'ambition de son projet, franchit la porte d'un asile psychiatrique, avant de disparaître plus ou moins définitivement pendant quasiment 25 ans.
Smile est mort avant d'être né. La légende naît d'un album avorté qui aurait pu changer la donne de la pop. Peut-être. L'un des plus grands génies de la musique du XXème siècle, dixit Léonard Bernstein, s'enfonce dans les ténèbres. Il n'en ressortira, malgré quelques tentatives solo, qu'en 2000 pour un Pet Sounds Tour incroyable qui le voit reprendre en intégralité, sur scène, les titres du chef d'œuvre. En mai 2003, Wilson annonce son intention de jouer Smile sur scène, complété, et dans une version jamais entendue. Personne n'ose y croire. Et pourtant... (lire le compte rendu du concert).
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