Alors que Tim Burton en déçoit beaucoup avec son gros poisson, Lucky McKee ressuscite l'esprit du conte torturé que l'on aimait tant. May est sa créature, une jeune schizo des plus attachantes, prolongeant la tendresse par l'horreur dans un même geste d'amour. Déchirant.

May est une jeune femme très timide, dont la vie se résume à un travail de vétérinaire et un amour profond pour sa seule amie depuis toujours, sa poupée. May passe forcément pour la freak de sa petite communauté wasp, mais cela ne semble pas la déranger. Pas totalement insensible aux avances de sa collègue, sa vie va se transformer lorsqu'elle croise le beau gosse du coin. Obligée à sortir de sa relation exclusive avec sa poupée, May expérimente le monde et l'homme comme on se jette dans le vide. Et sa chute n'en est que plus terrible lorsqu'elle découvre que ses sentiments ne sont pas partagés pleinement.

La belle réussite du film de McKee tient dans son basculement très tardif dans l'horreur. Pendant une bonne heure, May est une fable très fine sur le sentiment amoureux la première fois, sur sa candeur et son immensité. Servi par une actrice magnifique, il trouve un personnage de femme original, encore plein d'enfance, et se livre à une comédie de mœurs fine et touchante. Une légère inquiétude point, par le caractère schizo de May, mais cela serait presque la norme, tant chacun porte en lui une névrose évidente (sa collègue est une nympho et son bellâtre un fou de cinéma d'horreur).

Avec le basculement dans l'horreur, le sentiment de fantastique se concrétise brusquement, et l'on doit bien avouer qu'on avait pas frissonné avec autant de plaisir depuis longtemps. Dans la vengeance de May se mêlent ainsi un humour macabre des plus savoureux et une poésie inattendue. Cette grâce qui accompagne May est sans doute due au physique tellement étrange de son actrice, et à la grande subtilité d'une mise en scène qui ne tombe jamais dans le grand Guignol.

Sans en rajouter dans la comparaison entre Le petit maître (Burton) et le nouveau venu (McKee), il saute aux yeux que ces deux-là partagent pas mal de choses : une librairie très portée sur le gothique et l'horreur (Frankenstein en figure tutélaire), un penchant pour les jolies brunes angoissées et borderline, une tendresse infinie pour les freaks, aussi « normaux » soient-ils. Mais, là où le premier semble s'enfoncer dans un onirisme gonflé de spectaculaire, le second ne se sépare jamais d'une inquiétude très réelle et de la douleur qui engendrent le rêve et l'horreur.

May
Un film de Lucky McKee
Etats-Unis/2002/1h 34
Avec Angela Bettis, Anna Faris, Jeremy Sisto, James Duval
Sortie nationale le 10 mars 2004

Laurence Reymond




Consulter les séances et les salles du film May sur Allociné.fr
Le site officiel du film May
- Lire la chronique de Big Fish de Tim Burton (mars 2004)
- Lire aussi la chronique de Sleepy Hollow par Manuel Merlet (février 2000)


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