D'après William Shakespeare, mise en scène Àlex Rigola. Les 27 et 28 février 2004 au TNT (festival Mira!) Toulouse
Entendre du Shakespeare en espagnol, c'était sans aucun doute, une première pour nombre de spectateurs venus assister au Juli Cesar mis en scène par Alex Rigola.
Àlex Rigola a choisi de placer son spectacle sous le signe de la performance : avant même que la pièce ne commence, les acteurs, en sous-vêtements, ont entamé une course de relais : la scène est alors une salle de culture physique, version moderne des thermes chers aux Romains et les personnages des athlètes se préparant au combat. Cette entrée en matière fait contraste avec le mot « word » projeté au mur qui résume la teneur de la première partie de la pièce : la conjuration, l'assassinat de César et l'appel d'Antoine à l'insurrection sont motivés par des constructions rhétoriques savamment élaborées. « War » sera ensuite projeté au même endroit lors de la seconde partie qui voit la défaite des anciens conjurés contre les armées d'Antoine et d'Octave.
En contrepoint d'une direction d'acteur quelque peu chaotique, Àlex Rigola a opté pour un espace épuré, d'une blancheur d'hôpital, une cloison percée de quatre portes qui permettent de faire surgir les personnages comme des diables de leur boite. Le décor comme les costumes (smoking pour les conjurés, robe de satin rouge pour Portia, toges bleues électrique pour les insurgés) portent, au-delà de leur modernisme affiché, la marque d'une certaine désuétude, celle de l'esthétique froide et agressive des années 80. Est-ce bien pour autant la volonté d'Alex Rigola d'inscrire sa mise en scène dans un univers de golden boys, ce à quoi on ne peut manquer d'associer de tels choix scénographiques ? Si c'est le cas, cette volonté n'est pas suffisamment assumée. Un complot ourdi pour sauver la république est-il soluble dans l'univers impitoyable de Wall Street ? Il est permis d'un douter. Dans la pièce de Shakespeare, la fin de Jules César coïncide avec la fin de ce que les conjurés entendaient précisément préserver. La conjuration formée pour pérenniser la liberté des citoyens romains et le droit de nommer leurs représentants ne fera que hâter l'avènement de l'empire. Ironie du sort ou démonstration par l'absurde que l'histoire en marche ne se laisse pas aisément dévier de son chemin ?
La question que la pièce pose de manière flagrante est éludée par Àlex Rigola alors même certains éléments du spectacle semblaient vouloir en dire quelque chose. Ainsi, lorsque le corps de César, éventré, gît à terre comme sacrifié et que les conjurés, tels d'impuissants devins, s'en écartent comme honteux, non de l'avoir tué, mais de n'avoir su lire dans ses entrailles les augures d'un avenir radieux.
Juli Cesar
D'après William Shakespeare
Mise en scène : Àlex Rigola
Avec : Nao Albet, Mireia Aixalà, Pere Arquillué, Ferran Carjaval, Matilda Espugla, Cristina Genebat, Julio Manrique, Alícia Pérez, Xavier Ripoll, Marc Rodríguez, Eugeni Roig, Joel Roldán, Davis Selvas, Gastón.
Les 27 et 28 février 2004 au TNT (festival Mira!) Toulouse
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