L'action de Donde mas duele se déroule à Buenos Aires. Dans un huis clôt cauchemardesque, trois sœurs veillent sur un Don Juan devenu grabataire.

Donde mas duele débute par la vision de trois femmes qui entrent en transe devant un rideau fermé. La pièce se place d'emblée sous le signe du psychodrame. Au coeur de celui-ci, le personnage de Reynaldo - que les sœurs nomment Don Juan - semble assez étranger : que le vieillard ait eu autrefois un ressemblance avec le personnage auquel les jeunes femmes l'associent, nous ne le saurons jamais. Car le donjuanisme de Reynaldo n'existe qu'à travers le discours des sœurs, des deux aînées en particulier qui ressassent ce qui se passe ailleurs ou ce qui s'est produit antérieurement.

À l'opposée de cette construction verbale d'une débauche peut-être purement fantasmagorique, l'espace scénique déjà étroit est encombré d'un entassement hétéroclite d'objets. Des matières mortes d'un côté de la scène : bois usé, métaux rouillés qui semblent avoir traversé les âges, des matières vivantes de l'autre : plantes vertes rassemblées dans un lieu qui évoque la moireur d'une serre. Ce partage du plateau est à l'image de la tension à laquelle les personnages féminins sont en prise : la pulsion érotique qui les animent se portent sur un cadavre vivant, un vieillard dont l'activité principale est de changer les poches qui ferment son anus artificiel. Que sa défécation soit médicalement assistée en dit long sur l'état de ses autres capacités physiologiques.

Les jeunes femmes trouvent alors dans la théâtralisation fantasmatique de leur quotidien de gardes-malade, de quoi pallier à une sexualité absente. Ainsi, la scène du Dom Juan de Molière que la plus âgée des sœurs se plait à jouer est celle dans laquelle Elvire accable son époux de reproches : ce n'est pas sur un Don Juan conquérant mais sur un absent, un fuyard que le doigt accusateur est pointé. Le lâche n'est pas condamné parce qu'il séduit mais parce qu'il abandonne. Il est condamné parce que lui survit en creux le regret de ce qui n'a peut-être jamais eu lieu.

Donde mas duele
Texte et mise en scène : Ricardo Bartís
Musique : Carmen Baliero. Lumière : Jorge Pastorino
Avec : María Onetto, Gabriela Ditisheim, Mirta Bogdasarian, Fernando Llosa.
Coproduction : El Sportivo Teatral, Holland Festival Amsterdam, Hebbel-Theater Berlin, Festival d'Avignon, Théâtre National de Chaillot et Festival d'Automne Paris, Bonlieu Scène Nationale Annecy.
Création : juin 03. Amsterdam. Du 23 février au 01 mars 2004 au Théâtre Garonne à Toulouse (festival ¡Mira !)

Julie de Faramond




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