Si le poète symboliste Paul Fort a appelé son théâtre, « Théâtre d'art », la compagnie andalouse Zaranda pourrait appeler le sien, « théâtre d'artisanat » tant le spectacle Ni sombra de lo que fuimos procède d'un attachement à un stade prémoderne du théâtre.

Un carrousel aux rideaux défraîchis, un cheval de bois, une sorte de confessionnal qui se mue en cercueil, des personnages sortis de l'imagerie d'Epinal d'une marginalité révolue : le prophète, la sorcière, le simple d'esprit. L'agonie d'un vieil homme est traitée comme les peintres médiévaux représentaient les vies des saints sur les retables. Une suite de vignettes dont l'articulation est mince mais dont la juxtaposition fait sens.

Un homme qui se prépare à la mort, ses proches qui se disputent ses effets avant même que le moribond n'ait véritablement passé de vie à trépas. Un autre dont l'errance passée se matérialise par le tas de poussières qui se forme à terre lorsqu'il en vide ses chaussures. Le temps lui-même paraît suspendu : si la mort clôt une étape dans le parcours de ces personnages sans attaches, ils repartent ensuite comme ils sont venus, comme entraînés dans l'interminable répétition du même.

Le spectacle du Teatro la Zaranda nous parle de ce qui est passé, de ce qui n'a même jamais eu lieu, d'un état originel et par là même mythique du théâtre. Par la conviction dont les acteurs semblent animés, la compagnie donne au mythe une existence qui se base sur la foi qu'elle communique aux spectateurs. Comme une liturgie à l'issue de laquelle le vin se transforme en Sanctus Christi.

Ni sombra de lo que fuimos
la Zaranda (Andalousie) Mise en scène : Paco de la Zaranda.
Texte : Eusebio Calonge
Avec Gaspar Campuzano, Francisco Sánchez, Enrique Bustos, Fernando Hernández, Carmen Sampalo.
Production : Teatro de la Zaranda, avec le soutien de la Junta de Adalucia et de l'INAEM. Création : octobre 02.
Représentations les 26 et 27 février 2004 au Théâtre Sorano Toulouse (festival ¡Mira!)

Julie de Faramond




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