Fermer
James Nachtwey, l'œil témoin

Sur tous les fronts


James Nachtwey, l'œil témoin


A la BNF - Bibliothèque nationale de France, du 29 octobre 2002 au 02 mars 2003.

À l'occasion de la sortie du film de Christian Frei « James Nachtwey, war photographer » qui lui est consacré et du don de 80 de ses photographies au département des Estampes, la Bibliothèque nationale de France rend compte du travail réalisé ces douze dernières années par le photographe James Nachtwey, ancien membre de l'agence Magnum [1986-2001] et co-fondateur de l'agence VII [2001].

Crâne rasé, regard lointain, le cadrage du visage de l'orphelin est brutal. La découpe qui occulte son nez et sa bouche le prive d'air, le condamne au silence. La profondeur de champ profile les décombres de Groznÿ. La ville, les rues, les immeubles, tout est disloqué, épars. Il n'y a plus là qu'une somme invraisemblable de ruines éventrées, décrépies. Si les mots sont absents de cette image, le bruit sourd des bombardements, le crépitement des incendies, les tirs de mortier, les cris, les pleurs endeuillés habitent chacun des murs démontés. 1995, 1996, James Nachtwey sillonne la Tchétchénie. « J'étais présent, et ces images sont mon témoignage. Les événements que j'ai enregistrés ne devraient pas être oubliés et ne doivent jamais se reproduirent. »

L'homme est photographe de guerre.
Les émeutes en Afrique du sud [1992], La famine au Soudan et en Somalie [1993, 1994], le génocide au Rwanda [1994], la guerre dans les Balkans [1993-1999], la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan [1996], l'Indonésie à la suite de la crise financière en Asie du Sud-Est [1998], les événements du 11 septembre 2001, les opérations américaines contre Al-Qaida en Afghanistan [2001-2002], la destruction de Jenine par l'armée israélienne [2001] ont occupé pendant quelques jours, au mieux quelques semaines, les écrans de télévision et les colonnes de journaux. James Nachtwey en a rapporté des images. Son implication dans ces événements et vis-à-vis des personnes qui les ont traversées, souvent subies, va au-delà de ce que son métier lui commanderait.

Sur les pas de « James Nachtwey, war photographer ».
Le documentariste Christian Frei l'a suivi pendant deux ans. Les amis du photographe, les personnes avec qui il travaille, témoignent. La caméra le suit à Ramallah, au Kosovo, à Djakarta. Les conflits dessinent sa trajectoire sur la carte du monde. Dans l'austérité de son appartement, il travaille encore. Il examine ses planches contacts en vue de sa rétrospective au Centre international de la photographie de New-York avant qu'elle ne soit présentée à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Il commente de temps à autre son travail, livre certains de ses doutes. À la question qui est soudain posée : le photographe vit-il de la misère de l'Autre ? La réponse est claire. Mines de soufre en Amérique latine. James Nachtwey fait des images. Le plan séquence est long, étouffant. Les nuages de poussières jaunes soufrées le font tousser malgré le tissu qui lui couvre la bouche. Un homme l'attrape par le bras et le pousse plus loin, là où l'air est un peu plus respirable. Indonésie. Un réalisateur américain raconte. Deux hommes avaient déjà été lynchés. Un troisième, assailli par cette même foule meurtrière, suppliait d'être épargné. Le photographe était là. D'autres auraient senti le danger, seraient restés à distance. Pendant vingt minutes le photographe va essayer de raisonner cette foule, en vain. Les images fixes de cette sauvagerie défilent en contre point.

Un témoin impliqué.
L'œil témoigne, le photographe s'implique humainement, physiquement, plus que ce que la raison devrait lui commander de faire. L'homme est rigoureux, déterminé, presque rocailleux, austère. La voix est posée, le ton est juste. Le regard est douloureux de tout ce qu'il a vu, photographié. Et si les images exposées à la galerie Mansart sont aussi fortes, brutales, violentes, c'est que James Nachtwey fait son travail de photographe avec ce degré d'implication qui ne le distancie pas des situations et surtout des hommes, des femmes et des enfants qu'il photographie. Ses cadrages, leur crudité, ses images ne sont pas belles en premier lieu. Les sentiments qu'elles commandent ne sont pas esthétiques. Elles impliquent celui qui les regarde avec cette prégnance qui rend brutalement compte de l'impuissance des regards, des visages, des corps qu'elles montrent. Cet œil témoin ne trompe pas. Il voit juste car il est sans concession, humainement engagé. [Illustration : James Nachtwey - Tchéchénie - 1995-96 (détail)]

« James Nachtwey, l'œil témoin » du 29 octobre 2002 au 02 mars 2003. Bibliothèque nationale de France - Galerie Mansart, 58, rue Richelieu - 75002 Paris

Claudia Mélin
Sur le web

- « James Nachtwey, war photographer » de Christian Frei, Documentaire, 96 mn, Suisse, 2001, 35 mm, couleur. [Sortie le 25 novembre 2002]. Nomination à l'Oscar du meilleur document 2002 et sélection officielle Locarno 2002. Le site officiel du film : accès direct.

- Le site de l'agence VII : accès direct.

Radio

ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...

Personnalités arts

Nés aujourd'hui :

Jean Cocteau

Jean Cocteau /

L'abécédaire

 A   B   C   D   E   F   G   H   I   J   K   L   M   N   O   P   Q   R   S   T   U   V   W   X   Y   Z 

Afficher par : naissance / nationalité / métier

Les concours sur Fluctuat
My Bloody Valentine, places pour le Zénith Les Proies : des places de ciné à gagner Des maxis de Mangrove à gagner
Les Promesses de l'ombre : des DVD à gagner Des coffrets DVD de Joseph Morder à gagner
My Bloody Valentine, places pour le Zénith
Les Proies : des places de ciné à gagner
Des maxis de Mangrove à gagner
Les Promesses de l'ombre : des DVD à gagner
Des coffrets DVD de Joseph Morder à gagner

Zoom sur

Gustave CourbetMan RayFrancis PicabiaAlberto GiacomettiPablo PicassoKeith HaringCindy ShermanJean NouvelCamille ClaudelAuguste RenoirBernard WerberSandro BotticelliJackson Pollock

Gustave Courbet / Man Ray / Francis Picabia / Alberto Giacometti / Pablo Picasso / Keith Haring / Cindy Sherman / Jean Nouvel / Camille Claudel / Auguste Renoir / Bernard Werber / Sandro Botticelli / Jackson Pollock

Les tags Arts

beaubourg victoria et albert museum architecture art et cinéma art numérique art paris art plastique art video bnf expos à paris fiac foire fondation cartier galerie à paris grand palais installation jeu de paume la villette musée du louvre mac val mep mode moma musées nuit des musées musée d'orsay palais de tokyo patrimoine peinture photographie quai branly revue salon sculpture surréalisme musée du sénat tate britain vente record
Sur le forum arts

- recherche comédien(ne)s
- vend pass 3 jours eurockéennes de belfort
- un tableau par jour!
- Festival Bancs Publics

La newsletter