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Après le Patient Anglais (1996), Anthony Minghella revient sur les écrans avec un film épique. Retour à Cold Mountain entraîne des acteurs époustouflants dans les affres de l'amour en temps de guerre.
Le film, en bonne épopée, débute in medias res : il s'ouvre sur une innommable boucherie, où les uniformes bleus et gris, également imbibés de sang, agonisent dans la boue d'une Virginie crépusculaire. Le propos pacifiste est entrecoupé de flash-backs : plongé dans une horreur sans lendemain, Inman survit en pensant aux rares moments partagés avec Ada (Nicole Kidman), la fille du pasteur qu'il a rencontrée à Cold Mountain, peu avant son enrôlement. Ce coup de foudre réciproque mais discret, tout en retenue, est convoqué en contrepoint d'un univers exclusivement masculin et résolument violent. Il échappe ainsi à toute mièvrerie, en permettant au personnage d'Inman de s'accrocher à la vie, et au spectateur de reposer ses yeux éprouvés par les premières scènes martiales.
Le retour à Cold Mountain commence en fait à la deuxième moitié du film : c'est avec l'Odyssée américaine d'Inman, cette errance sans répit de Charybde en Scylla, que le film installe son rythme. Mais il y perd en unité : la vie d'Ada à Cold Mountain alterne dès lors avec les aventures d'Inman, et ce va-et-vient narratif ne cesse de différer les retrouvailles promises par le titre. Condamnés à la solitude amoureuse, les protagonistes se trouvent des compagnons d'infortune : Ada est sauvée de la déchéance par l'arrivée de Ruby (Renée Zellweger), et Inman trouve un acolyte en la personne du pasteur déchu Veasey, (Philip Seymour Hoffman, concupiscent à souhait). La narration sépare ainsi les deux univers désormais autarciques : la guerre est une histoire d'hommes, un jeu de massacre qu'ils inventent pour leur propre malheur et dont ils ne peuvent plus sortir, et les femmes doivent jouer aux amazones domestiques dans un Cold Mountain guetté par la disette et quadrillé par les milices.
Ada et Inman sont liés par un fantasme d'amour, mais plus encore par une commune vision de Cold Mountain : lieu de leur éphémère rencontre, le village est à la fois un paradis perdu et une terre promise qu'Ada s'efforce en vain de maintenir dans son état originel, dans l'espérance d'un retour d'Inman. Comme si la conservation impossible de Cold Mountain entendait conjurer la métamorphose des individus, endurcis et endeuillés. Le « retour » d'Inman semble n'être qu'une vue de l'esprit (la vision d'un songe trop souvent fait ?), la Guerre de Sécession ayant anéanti l'Amérique où elle a pris racine. Malgré son schématisme bicéphale, Retour à Cold Mountain est donc tout à fait convaincant... à condition d'en accepter les postulats. Inman et Ada n'échangent qu'un baiser avant d'être séparés par la guerre, et le film repose tout entier sur la fragilité de ce moment partagé. De même qu'un unique baiser insuffle au soldat un amour sans faille (malgré les tentatrices, dont Natalie Portman) et un instinct de survie animal, une seule nuit d'amour suffira à remplir une vie entière. Ceci étant posé, la pilule romantique passe vraiment sans difficulté.
Retour à Cold Mountain
Un film de Anthony Minghella
D'après le roman de Charles Frazier, Retour à Coldmountain (Calmann-Lévy, 1999)
Avec Jude Law, Nicole Kidman, Renée Zellweger, Philip Seymour Hoffman, Donald Sutherland...
Sortie nationale le 18 février 2004
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