Very Mercenary de The Herbaliser

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The Herbaliser - Very Mercenary

Intro, ça balance : " A Smashing story of explosive passions... Filmed in breath-taking, bee-you-tea-full color!... ". Le souffle chahuté d'un speaker gonflé à bloc. On devine l'annonce d'un match de boxe-ninja, d'une attraction foraine extravagante. On est en terrain ami. The Herbaliser. Signature infalsifiable du scrach-speach herboriphage.
Herbaliser ou la respiration. Haletante, suspendue, détendue, une musique qui s'écoute comme un souffle sonore scénarisé. Nous entraîne dans des cavalcades de western ou des ambiances James Bond - OSS 117 : suspense et exotisme sexy. Mission Improbable lovée contre la voix ensorceleuse de What What, et sous le haut patronage du funk et de Lalo Shiffrin (Mission Impossible et Dirty Harry).

La bravoure des morceaux se déguste en cinéscope, les pieds sur l'eau, avec l'étrange sensation de danser sur les flots. Sur ce troisième album, Herbaliser multiplie les featurings, resuscite les Dream Warriors, accueille Bahamadia, Roots Manuva (Starlight, nommé dans la catégorie meilleur groove du millénaire), Blade, et notre gangster rappeuse en sucre préférée, What What. Moonwalker aux Caraîbes, OSS dans le Bronx, l'album ravive des plaisirs familiers.

Explose ton casque. C'était en substance le message du deuxième album de Herbaliser, " Blow your headphones ", il y a trois ans. Brillante mise en scène de paysages musicaux urbains ou planants, ambiances easy, électro ou funky, Jake & Ollie tuaient nos oreilles avec volupté. Un véritable bijou musical, passé presque inaperçu, qui plaçait déjà le duo au sommet du hip-hop contemporain (c'est une proposition). Herbaliser ne joue pas l'audace, ne vise pas à l'authentique, même si les références aux racines du hip-hop sont omniprésentes, et que les pauses sont permises. Les pauses participent à l'élaboration d'une scénographie subtile, suggérée, dont le but ultime n'est autre que le plaisir musical, plaisir d'une écoute suivie ou d'une écoute abandonnée, laissée pour compte, irrepréhensible, loin des taquineries (jouissives) de Coldcut et d'autres trublions électro-bruitistes.

Herbaliser partage et symbolise parfaitement, à sa manière, l'ars poetica de Ninja Tune. "All material is copy-right", affirmation idéologique et ludique qui traverse l'album. La navigation sur les plages du disque ne suit pas le même ordre que la description des morceaux dans le livret, le chemin n'est pas numéroté, l'écoute n'est pas balisée. Boulimique de samples, ivre de sons, Herbaliser illustre sans cesse les perspectives offertes par le multimédia et le cut-off azimutés. Le groupe s'offre le luxe de jouer aussi facilement en formation jazz (Montreux, Montréal) qu'en DJ session, avec la même fougue et la même honnêteté (sauf quand ils sont reçus dans un bar qui n'assure pas une platine).

Aussi à l'aise en studio que sur scène, Herbaliser joue juste sur toute la ligne. Le site de Ninja Tune expose avec merveille ce foisonnement "global", d'idées, de sons et d'images (on regrette seulement que la rubrique Kléptomanie de l'ancien site pipe ait disparue. Mais il reste beaucoup de sons à écouter, et du live svp). Héroïsme et sensualité, Very Mercenary impose un nouveau son et une nouvelle forme d'illusionisme mercenaire et explosif.

Yuri Ganida Le 11 February 2000

Sur le web : - Lire la chronique de Blow your headphones sur Flu (en anglais) - Le site officiel de The Herbaliser - Le site du label Ninja Tune