Podium de Yann Moix

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Ma préférence à Moix

To be (Cloclo) or not to be (on TV) : la nouvelle comédie philosophico-cathodique, avec Benoît Poelvoorde. Le romancier Yann Moix (Anissa Corto, 2000) signe avec Podium son premier long métrage : version ciné de cette histoire déjantée de sosie de Claude François, qui était déjà le sujet d'un livre homonyme.

Un livre, et des tonnes d'interviews dans la presse, d'extraits à la télé, de gloses en tous genres : on sait déjà tout de Podium, avant même de l'avoir vu. Le synopsis est d'ailleurs efficacement résumé sur l'affiche : « Nom : Bernard Frédéric. Profession : Claude François ». Effectivement, presque tout est dit. Benoît Poelvoorde joue un Monsieur Tout le Monde qui a eu son heure de gloire en tant que sosie de Cloclo : il a fini par raccrocher, travaille à la banque, et vit tranquille dans un meublé. Jusqu'au jour où… il apprend qu'un grand jeu-concours de Cloclo est organisé à la télé. C'est le retour des vieux démons : Couscous (Jean-Paul Rouve), lui-même champion de Michel Polnareff, fera tout pour faire replonger Bernard Frédéric. Podium est donc une comédie de la reconquête en même temps qu'un drame de l'addiction : Bernard Frédéric aura-t-il le temps de redevenir le meilleur Cloclo de France ? De reconstituer la meilleure équipe de « Bernadettes » ? Mais sa femme Véro (Julie Depardieu) lui pardonnera-t-elle cette passion aliénante ? Pire : peut-on être (et rester) soi-même quand on est si bien un autre ?

Yann Moix réalise ici au moins deux tours de force. Le premier tient de l'exploit : on ne voit guère les fesses de Jean-Paul Rouve, malgré la forte tentation de mimétisme avec Polnareff et, surtout, sa nature de Robin des Bois. Le second tour de force, plus sérieusement, repose sur le talent de Benoît Poelvoorde : il est effectivement le meilleur Claude François, et se révèle plus que crédible en bête de scène. Sex machine de la moumoute aux chaussures à talonnettes, il pousse la performance jusqu'à interpréter lui-même, et avec brio, les rengaines de l'Idole. Du coup, on rit beaucoup dans la première moitié du film. Comédie du kitsch, Podium crée un univers parallèle presque fantastique : le film est en partie touché par la magie de ses paillettes, et fait défiler des images potentiellement cultes, elles-mêmes habilement pompées sur l'attitude pop et yéyé des stars d'origine.

Mais malgré les gags et le charisme comique de Poelvoorde, le film s'essouffle et perd son sujet. Le second degré - porté par des acteurs qui ont fait leur beurre d'une certaine cruauté - est peu à peu gommé et absorbé par les kleenex de la télé-réalité. Les acteurs sosies se prennent au piège d'une sincérité complaisante, porte-parole de ces illustres inconnus qui rêvent, pour de vrai, d'arriver sur ces podiums éphémères. Le film ne se relève pas de l'apparition très premier degré d'Evelyne Thomas, grande prêtresse télévisuelle qui joue ici son propre rôle, et prend des allures d'effrayant Prime Time. La caméra balaie le public, les mines réjouies des fans et celles, déconfites, des rivaux de Bernard Frédéric. Alors Cloclo s'éclipse, et - coup de théâtre!- on sort de la salle avec les trémolos de Julien Clerc dans la tête. Ce changement de ton n'est pas si paradoxal : il apporte une touche mélo à l'histoire d'amour entre Véro et Bernard, tout en étant symptomatique de ce grand dérapage final. Le Podium s'effondre, le cinéma s'incline devant la télévision, le film devient idolâtre des chimères du petit écran. Le personnage de Bernard Frédéric entre finalement dans les images d'archives, ce panthéon télévisuel, pour s'asseoir au piano aux côtés de Cloclo. Tout est bien qui finit bien, Evelyne est contente. Et c'est son choix, à Moix.

Podium
Un film de Yann Moix
Avec : Benoît Poelvoorde, Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Evelyne Thomas.
Sortie nationale le 11 février 2004

Agathe Moroval Le 10 February 2004

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