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Amira Casar, nue sur un lit, parle face à Rocco Siffredi. Elle est belle, impliquée, intense. Lui, l'étalon italien du moment, exerce ses habituels « talents ». Mais, au bout du compte, tout ça n'a guère d'importance. Seule compte la voix de Catherine Breillat. On pourrait la croire insoutenable. Elle est juste insupportable, autrement dit ennuyeuse.
Le dispositif est simple, essentiel. Un homme est payé par une femme pour venir chez elle durant plusieurs soirs. Le contrat veut qu'il l'écoute parler d'elle, de ses désirs, du corps féminin, de l'incompréhension et des peurs qu'il suscite chez la gent masculine. Dans ces rencontres, elle se met à nu, au propre comme au figuré, allongée sur un lit. Lui, habillé et assis au milieu de cette chambre presque vide, doit porter attention à ses mots, supposés de plus en plus insoutenables pour ce représentant du sexe dit fort, et résister à ses pulsions. Qu'il soit bisexuel ne change rien à l'affaire. Ayant passé un pacte, il est pris dans une liturgie licencieuse qui le mènera où il ne voulait pas aller. C'est du moins ce que nous dit Breillat. Et quand nous écrivons « dire », c'est bien au sens littéral qu'il faut le comprendre. Pour la première fois dans un de ses films, nous entendons sa voix, à travers un texte lu en « off », censé divulguer les dessous de toute cette petite affaires, les tabous et craintes prétendument inavouables. Et ça change tout.
Sans être inconditionnel, nous avons toujours trouvé la production de Catherine Breillat passionnante. Le cinéma entendu comme mise en scène de rituels et de gestes sacrés, les rapports de domination et leur violence passionnelle, sanglante, la description froide de contacts soi disant brûlants, et surtout l'omniprésence des mots, des confidences que viennent contredire les actes, associée à l'humour très noir inhérent à ces contradictions : telles sont les caractéristiques qui lui confèrent une réelle densité. Cependant, dans Anatomie de l'enfer, cette relativisation du verbe par l'image ne joue plus. Péremptoire, sans réfutation, tombant du ciel, il en cadenasse la signification. Pire, il l'étouffe. En de rares instants, comme celui de la fourche ou du tampon infusé - dont nous laissons la découverte aux plus curieux -, elle semble encore respirer. Le reste du temps, les mots de l'auteur, médiateurs du monde selon Catherine, nous sont assénés. Ils assomment et ennuient. Ce qui est énoncé devient alors secondaire. Et pourtant cela devrait primer sur toute chose. Peut-être intéressant - ce qui serait encore à discuter -, le propos, imposé, est rejeté par l'auditeur.
Cela n'enlève rien à la franchise et à la puissance élémentaire, physique, viscérale de son cinéma. On perçoit cette vigueur en particulier dans les tempétueuses vagues bordant la maison d'Amira Casar et dans les deux ou trois apartés enfantins qui certainement en courrouceront plus d'un. Cette fois néanmoins, la cinéaste est allée trop loin. Non dans la provocation ou le discours, mais dans ce registre dictatorial, ce fascisme qui, selon elle, serait propre au dispositif cinématographique. Si le cinéma est un art de pouvoir, et il l'est ici, nous sommes en droit de nous en libérer et choisir de ni voir ni écouter.
Anatomie de l'enfer
Réalisation : Catherine Breillat
D'après son livre Pornocratie, éditions Denoël
Avec : Amira Casar, Rocco Siffredi.
France, 2003, 1h17.
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