Et Léonie est en avance. Hortense a dit « j'm'en fous » de Georges Feydeau. A la MC93 de Bobigny jusqu'au 7 février 2004.
Feydeau. Et on pense immédiatement théâtre privé, des représentations par centaines. Vaudeville : théâtre amateur. Boulevard : Au théâtre ce soir. Les maris cocus, les amants dans le placard, les bonnes qui demandent à parler à Monsieur ou à Madame, tout un univers qui n'a plus cours au XXIème siècle, sa libération sexuelle, ses unions libres, ses lavantes-séchantes 1000 tours par minute.
Il n'empêche qu'il faut sacrément bien s'y prendre pour monter une pièce de Feydeau qui ne fasse pas hurler au cabotinage et à la farce désuète.
Jean-Michel Rabeux n'a pas tenté de prendre le contre-pied du théâtre de boulevard, il n'a pas cherché de façon radicalement nouvelle d'appréhender Feydeau. Au contraire, il a décidé de pousser tout au bout la logique de Feydeau, ses situations et ses personnages. Il ne fait pas dans la caricature, il fait dans la monstruosité. La femme n'est plus qu'une mégère débraillée, hurlante, à la diction alcoolique, l'enfant est un gros super-lapin envahissant, l'amant est à poil, les seins de la femme adultère sont agressifs, les bonnes sont plus enceintes que Madame qui accouche, les bonnes sont alsaciennes ou bretonnes, les bonnes sont des hommes…
Il faut dire que Jean-Michel Rabeux est allé puiser parmi les pièces les plus extrêmes de Feydeau, celles où les femmes et le mariage sont présentés sous leur pire jour, où le comique peine à cacher la haine et la violence sous-jacentes. On purge bébé, Léonie est en avance et Hortense a dit « j'm'en fous » sont chacune des pièces en un acte. La première est gardée intacte, la seconde raccourcie, la dernière réduite à l'essentiel. La folie et la haine vont ainsi de plus en plus rapidement crescendo. Les personnages de la dernière pièce ne prennent même plus la peine d'articuler le texte, ne restent que des beuglements.
On rit beaucoup devant une telle débauche de laideur, de cruauté et de folie. On s'amuse à voir les comédiens interpréter à tour de rôle chacun des personnages - le mari, la femme, la bonne… Même corps, même voix, même démarche, même âme, pour des situations sociales différentes. On rit, on s'amuse, on bat des mains.
On se fatigue aussi. L'horlogerie infernale qui règle les situations, l'accélération de la cadence, les cris, les hurlements, les portes qui claquent, comme toujours chez Feydeau, cela finit par exténuer. La trilogie est présentée dans un décor tout en rayures noires et blanches. Rayé, rayé. L'œil en sortira inexorablement fatigué. Jean-Michel Rabeux sait que Feydeau finit par fatiguer. Il en rajoute. Du Feydeau déshabillé.
Feu l'amour ! On purge bébé. Léonie est en avance. Hortense a dit « j'm'en fous ».
Trois pièces en un acte de Georges Feydeau.
Mise en scène : Jean-Michel Rabeux
Avec Claude Degliame, Michel Fau, Jacques Mazeran, Gilles Ostrowsky, Christophe Sauger, Marie Vialle.
Du 6 janvier au 7 février. Tous les jours à 20h30 sauf le dimanche à 15h30.
MC93. 1 boulevard Lénine 93000 Bobigny. M° Bobigny-Pablo Picasso.
Tarif : 23 euros. Réservation : 01 41 60 72 72.
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