Solange ou l'école de l'os de Ian Soliane

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Solange ou l'école de l'os - Ian Soliane

Du deuil à l'imprécation. Tel est le parcours du dernier monologue de Ian Soliane : après La Saigne (éd. La Musardine, 2000), Soliane prolonge dans Solange ou l'école de l'os l'exploration de sa mythologie familiale, oscillant entre le cri de la transgression et les aphorismes d'une sagesse provisoire.
Un canevas minimal se dégage : un homme parle devant le corps mort de sa mère. Mais aucun chant mortuaire, aucune déploration élégiaque ne viennent combler cette absence en cours, ce pourrissement de la matière : au contraire, le cadavre maternel s'inverse en matrice, véritable foyer irradiant de projections, de raisonnements, de blagues, et surtout de menaces prophétiques qui font de son ouvrage un manuel de l'intranquilité.

On ne tâtonne pas chez Ian Soliane dans les ruines d'une psychologie de bazar, mais on pénètre dans sa prose comme un chien rongeant l'os jusqu'à en sucer la « substantifique moelle ». Son écriture rapide et tranchante vise toujours l'essentiel en dénudant l'os de toutes ses chairs pourries et en le révélant dans toute sa vérité ; et l'efficacité de cette parole réside précisément dans le dévoilement de ce chapelet d'essences, égrenées au fil des imprécations, où la mort et la merde fusionnent dans la même dégradation du corps, où les pulsions de sadisme et de tendresse baignent dans un même magma primordial.

Dans ce soliloque cauchemardesque (mais d'un cauchemar lucide et éveillé), la folie et la sagesse tendent à se confondre, si toutefois ces deux notions signifient encore quelque chose dans l'univers de Ian Soliane, qui donne la parole à la matière, qui affirme un verbe littéralement corporel. La réussite de sa création verbale tient peut-être à son aspect en apparence discontinu : les mots que font naître la mort sont des segments progressant sans lien logique apparent, parce qu'ils sortent d'un corne d'abondance aussi intarissable que sarcastique. Comme le dit Ian Soliane, «on ne peut se taire sur une morte, alors qu'elle peut se taire sur toi.»

Grégoire Holtz Le 04 November 2002

Sur le web : - la critique de La Saigne - entretien avec Ian Soliane - le site de Léo qui déchire