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On ne tâtonne pas chez Ian Soliane dans les ruines d'une psychologie de bazar, mais on pénètre dans sa prose comme un chien rongeant l'os jusqu'à en sucer la « substantifique moelle ». Son écriture rapide et tranchante vise toujours l'essentiel en dénudant l'os de toutes ses chairs pourries et en le révélant dans toute sa vérité ; et l'efficacité de cette parole réside précisément dans le dévoilement de ce chapelet d'essences, égrenées au fil des imprécations, où la mort et la merde fusionnent dans la même dégradation du corps, où les pulsions de sadisme et de tendresse baignent dans un même magma primordial.
Dans ce soliloque cauchemardesque (mais d'un cauchemar lucide et éveillé), la folie et la sagesse tendent à se confondre, si toutefois ces deux notions signifient encore quelque chose dans l'univers de Ian Soliane, qui donne la parole à la matière, qui affirme un verbe littéralement corporel. La réussite de sa création verbale tient peut-être à son aspect en apparence discontinu : les mots que font naître la mort sont des segments progressant sans lien logique apparent, parce qu'ils sortent d'un corne d'abondance aussi intarissable que sarcastique. Comme le dit Ian Soliane, «on ne peut se taire sur une morte, alors qu'elle peut se taire sur toi.»
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