Le Monde de Nemo de Andrew Stanton

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20 000 poissons sous les mers

Deux semaines après sa sortie, le Monde de Nemo totalise déjà plus de 3,5 millions d'entrées en France : retour sur le chef-d'oeuvre d'animation des studios Pixar, qui fait plonger petits et grands dans un Grand Bleu multicolore.

Avec Le Monde de Nemo, on assiste à la rencontre entre le géant Disney, dont les films sont quasiment une institution en période de Noël, et les impertinents studios Pixar à qui l'on doit les excellents Toy Story 1 et 2 et Monstres & Cie. On aurait pu craindre un nivellement par le bas "Spécial Fêtes", ou un ajustement du film pour les plus petits au détriment des parents ou des plus grands. C'est le contraire qui se passe : Pixar insuffle une bonne dose d'humour et de modernité dans la traditionnelle recette Disney, et les poissons de Nemo sont prêts à bouffer du Roi Lion.

Le Monde de Nemo, c'est d'abord, comme il se doit, une tragique histoire de famille : les nostalgiques de Bambi ne seront pas déçus. En effet, contrairement à ce qu'on imagine, la vie des poissons clowns n'est pas toujours très rigolote : à peine installé dans une belle anémone, Marin voit sa poissonne et tous ses oeufs se faire manger par un brochet supersonique. Tous ses oeufs, sauf un : le petit Nemo, qui canalisera tout l'amour et toute l'angoisse de son papa-poule. Sans sa maman et avec une nageoire atrophiée, Nemo disparaît le premier jour d'école, "enlevé" par un plongeur australien en goguette dans la Barrière de Corail. Lui qui rêvait de découvrir l'océan, il se retrouve dans l'aquarium d'un cabinet de dentiste. On l'a compris : Papa Marin bravera tous les dangers et les obstacles pour retrouver son rejeton, et on s'accroche à ses nageoires.

Sur ce schéma traditionnel, à la gloire de l'amour filial et de l'entraide amicale, viennent se greffer des dessins fabuleux, des trouvailles narratives et un humour décapant qui définissent le cru 2003 du cinéma d'animation. Les personnages que Marin rencontre au cours de son périple sont tous irrésistibles : la fidèle Dory est un poisson-chirurgien qui n'a pas plus de mémoire qu'un poisson rouge ; Bruce le requin blanc doit son nom aux maquettes des Dents de la mer mais s'efforce de devenir végétarien ; et la tortue Crush est un centenaire trop "cool" qui donne des leçons de paternité à Marin l'angoissé. Car le film met délicatement le doigt sur la figure moderne du père célibataire : sur ses angoisses, ses difficultés et ses échecs. Malgré son nom prémonitoire, Marin est un poisson d'eau douce ; traumatisé par l'océan, il empêche son fils de s'épanouir en pensant le protéger. La quête de Nemo permet à Marin de découvrir l'océan et de se faire à l'idée d'un nouveau type de paternité, déculpabilisée.

Film pour enfants et manuel à l'usage des parents, Le Monde de Nemo est aussi une oeuvre de cinéphiles qui multiplie les clins d'oeil à Hitchcock (Psychose), à Kubrick (The Shining), et aux Monthy Python ( Sacré Graal) ; sans oublier l'apparition éclair de Buzz (Toy Story) et de Bob, le cyclope vert de Monsters & Cie. On craque complètement pour ce film drôle et émouvant, qui parle aux enfants sans les prendre pour des débiles, et n'hésite pas à leur présenter leur part monstrueuse. L'Enfant, bête noire de Monstres & Cie, bourreau des jouets de Toy Story, a ici une tronche de cauchemar, avec couettes et appareil dentaire. C'est peut-être le vrai monstre du film, qui ne se crée aucun "méchant" typique et ne tombe dans aucun manichéisme. Le Monde de Nemo, avec ses prouesses techniques et son scénario béton, est le dessin animé dont on rêvait : très beau, très drôle, et très intelligent.

Le Monde de Nemo
Réal. Andrew Stanton, Lee Unkrich
Scénario : Andrew Stanton, Bob Peterson, David Reynolds
Musique : Thomas Newman
Production : Disney, Pixar
Producteur exécutif : John Lasseter
Film d'animation, SRD, DTS, 1.85, couleur, 1 h 45, 2003
En salles depuis le 26 novembre 2003

Agathe Moroval Le 05 December 2003

Sur le web : Sur le web : - Le site officiel du film

Sur Flu : - Les chroniques des films du studio Pixar : Le géant de fer (1999), Monstres et Cie (2002), Les Indestructibles (2004), Cars (2006) - Tags : animation, Walt Disney, Hollywood, Pixar sur Ecrans le blog ciné