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Réunion de trois récits signés Ladislas Starewitch, ce film brille d'un éclat que quatre-vingt ans d'ignorance et d'oubli ne sauraient effacer. Composé d'enluminures artisanales, précis et enchanteur, plein de trouvailles, il décline un merveilleux envisagé, grâce à la voie du rêve, comme prolongement du réel.
Que donne à voir la douceur poétique et la vitesse sidérante de trois films des années 20, jusqu'ici rares, désormais visibles et restaurés, de Ladislas Starewitch : La petite chanteuse de rue, La petite parade, L'Horloge magique ? Un petit théâtre d'objets vivants, où cohabitent une troupe de soldats de plomb humanisés et un casse-noisette animé. Une ballerine, le pied sur la spatule, en pleine arabesque, qui s'éprend d'un soldat bientôt privé d'une jambe, avant de mourir au feu, ensemble, dans les entrailles du rêve. Moments étirés, entre rêverie optique - surimpressions, dans le dernier film, proches des photos de Moholy-Nagy - et mise en abîme des rouages du merveilleux (la jeune fille et le grand-père horloger régissent cette Horloge magique). Mais encore : un cinéma précis et enchanteur, aiguillé comme une immense machinerie et activée par la seule main de l'artiste. Un double mouvement surréaliste où poésie et technique se donnent la main jusqu'à finalement se confondre de manière imperceptible.Dans La Petite parade, le deuxième film, alors que s'effacent opposition, match et luttes des classes (les rats et la vie de bohème contre le Diable, féroce grippe-sous), prises de vues réelles et animations s'unissent en un seul et même plan. La propension à l'imaginaire contamine l'image même et la rend nimbée, cotonneuse. Le merveilleux s'infuse dans le sommeil, envisagé ici comme prolongement du réel (la traversée dans la forêt, où Starewitch cite brillamment Alice de Lewis Caroll en un songe somnambule). Mais il s'agit moins d'une traversée poreuse (des formes, du récit) qu'une étreinte immobile avec le rêve, qui s'achemine, in fine, vers une mise en à-plat soudainement uniforme du cinéma d'animation. Toujours, il s'agit autant d'un rêve en cours qu'un passage, manuellement possible, à travers les surfaces de l'image et des différents lieux (les fêtes souterraines des rats en goguette, la mare et « le petit peuple de l'eau »).
Un cinéma précis et enchanteur, aiguillé comme une immense machinerie et activée par la seule main de l'artiste, dont Tim Burton, entre autres, s'inspira pour son Mr Jack dans Nightmare Before Christmas. Surprennent les filtres mauves, les couleurs échancrées dont l'œil se plaît à découvrir la palette. La cohérence de chaque anomalie visuelle frappe ; la rigueur, aussi, de ce cinéma pourtant perpétuellement polymorphe. L'agrandissement et le rétrécissement de la petite fille dans les bois en constitue le plus brillant exemple, ainsi que le blason cinématographique, qui voisine ici avec le Gulliver de Jonathan Swift.
Enfin, lorsque certains mécanismes d'horlogerie se dévoilent (plus ou moins volontairement), comme les fils qui tendent les courses effrénées et sur place d'une danseuse en fuite, et autres rats volants à sa poursuite, redoublent alors l'enchantement, la magie de ces Contes de l'horloge. A ce jour, avec le maître tchèque Jan Svankmajer, longtemps méconnu lui aussi, ces fabuleux films brillent d'un éclat que quatre-vingt ans d'ignorance et d'oubli n'effaceront pas, tant ces enluminures artisanales s'imposent aujourd'hui comme l'Age d'or du cinéma d'animation de l'Est.
Les Contes de l'horloge magique
Réal. : Ladislas Starewitch
Avec Nina Star
Musique originale : Jean-Marie Sénia
Avec la voix de Rufus
Réalisation additionnelle : Jean Rubak
Direction artistique : Xavier Kawa-Topor
France / 2003 / 1h05
Sortie le 10 décembre 2003
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