Un grand cinéaste est né ! C'est une évidence. Cure fut plus qu'un événement, il détermina un nouveau cinéma fondé essentiellement sur les sens du spectateur. Kiyoshi Kurosawa cassait l'image, détruisant tous les codes narratifs traditionnels, fuyant la logique, maîtrisant le vide.

"Quand j'ai décidé de faire ce film, la famille était mon sujet. Très vite, j'ai réalisé que la famille recouvrait une relation qui ne peut jamais être détruite ni recréée, mais qui dure obscurément comme une illusion." Kiyoshi Kurosawa

Licence to live est un film d'une grande maturité qui ne renie en rien les principes fondamentaux du cinéaste - sens du cadrage, maîtrise de l'espace, opacité des personnages et des pulsions, travail sur une certaine forme d'ésotérisme - mais qui se libère définitivement des codes du genre. Licence to live cherche à capter l'indicible, c'est-à-dire les courants de conscience souterrains qui secouent des individus en proie à une déterritorialisation croissante.

Kurosawa revient sur l'amnésie à travers le personnage d'un jeune homme qui tente de retrouver de fragiles repères après dix ans de perte de mémoire. Yutaka, espère refonder cette famille qu'il connait uniquement par des photos. Des parents divorcés, une soeur qui revient tout juste des Etats-Unis (communcation difficile avec sa mère), une maison familiale qui est devenue une sorte de pisciculture... Yutaka doit reprendre pied dans un monde qui a considérablement changé et tente de retrouver de fragiles repères.

Même si la maturité de ce film est incontestable, il nous est difficile d'y accéder. Licence to live est fragile. Un film qui hésite sans cesse entre un renouvellement stylistique (la mise en scène) et un classicisme thématique (la construction scénaristique). On a l'impression d'assister à une oeuvre qui chute sans cesse. Des bouts de scènes éparpillés sans le moindre souci de rigueur. Au final, l'ennui rôde. Et, lorsqu'on se lasse de cette histoire de mémoire retrouvée, cela devient très gênant pour la suite. Que veut filmer Kurosawa ? Pourquoi s'acharne t-il sur ces détails scénaristiques (point fort de ses oeuvres précédentes) ? . Où se trouve la dimension physique dans Licence to live ?

"Un film ne peut montrer que des corps. En ce qui concerne le cerveau, je ne peux que livrer à l'imagination des spectateurs. Je m'amuse de temps en temps à donner aux spectateurs l'illusion d'avoir vu ce qui ne se voit pas. Je suis malgré tout un cinéaste qui ne montre que des corps." *

Certes, mais ce qui pouvait laisser pantois dans Charisma, devient largement invraisemblable dans Licence to live. Ces corps abstraits, totalement déraisonnés, sont mal dessinés. La difficulté de trouver un charme dans ce filmage confirme une chose : ce film n'est pas habitable dans le sens où aucune communication ne s'y dégage. La définition du cinéma n'est-il pas de charmer ?

Licence to live
de Kiyoshi Kurosawa
Avec Hidetoshi Nishijima - Shun Sugata - Lily - Kumiko Asou - Koji Yakusho
Japon - Durée : 1h49 - 1999

* Kiyoshi Kurosawa : extrait d'un entretien réalisé par Thierry Jousse (Cahiers du Cinéma, Novembre 1999).

Samir Ardjoum




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