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Jellyfish

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Médusant

Le nouvel opus de Kiyoshi Kurosawa brouille encore les pistes. Nous rapprochant de l'univers métaphorique et onirique de Charisma, Jellyfish (Bright Future) est une ballade sombre et douce, gracieuse comme les méduses qui le peuplent. Et une magnifique ode à la réconciliation.

Mamoru vit avec une méduse, qu'il acclimate peu à peu à l'eau douce, dans le but de la mettre dans le fleuve qui traverse Tokyo. Il passe tout son temps avec son ami Yuji, jeune paumé qui bosse dans la même usine que lui. Lorsque leur patron commence à envahir leur vie, pour oublier son morne quotidien, Yuji décide un soir de défouler sa colère sur lui. Mais Mamoru s'en est chargé avant lui, et il se retrouve en prison. Il demande à son ami de prendre soin de la méduse. Yuji va alors connaître la solitude, avant de trouver dans le père de Mamoru une nouvelle famille.

Depuis quelques films, Kiyoshi Kurosawa semble s'intéresser de plus près à la jeunesse et au rapport des générations. Du jeune comateux qui reprenait vie dans License to Live aux deux amis un peu paumés de Jellyfish, il y a un lien palpable, une cohérence qui admet aussi bien la présence de fantômes (Kairo) que de créatures étranges (l'arbre maléfique de Charisma, la méduse tueuse de Jellyfish). La famille chez Kurosawa est un lieu de mutation, forcément baigné de fantastique. A la fois vitale et fatale, elle est ici auscultée avec une intelligence rare. Adulte et jeunes : chacun voit son statut remis en cause. Sans être fasciné, on sent que Kurosawa prend parti pour la jeunesse. C'est sans doute ce qui donne son souffle au film, son énergie et sa folie, ce qui le pousse vers un certain espoir (le Bright Future du titre originel).

Mais le Japon va mal chez Kurosawa : la mort frappe quand on l'attend le moins, la violence explose brutalement, sans raison apparente. Comme à son habitude, les questions posées par les agissements de ses personnages sont clairement exposées : il s'agit ici de l'incompréhension des adultes envers les enfants, et le film est un véritable appel à la réconciliation par le pardon. A ce questionnement explicite, le film impose le constant étonnement d'un montage abrupt, très libre et surprenant, et d'une utilisation du numérique perturbante au début, mais qui se déploie et atteint une véritable plénitude tout au long du film. On aura ainsi rarement vu une utilisation aussi humble que parfaitement maîtrisée de la caméra DV, qui rend cet univers plus instable, moins beau, et paradoxalement, traversé par des éclats lumineux d'autant plus resplendissants.

On est ici dans un univers subtil. Les personnages se cherchent, sans nous imposer leurs méandres existentiels. Leurs chemins se dessinent presque à leur insu, a l'instar du charme du film. Jellyfish trace ainsi son sinueux et lumineux chemin dans nos esprits et nous entraîne, presque malgré nous.

Jellyfish (Bright Future)
[Akarui mirai]

Réal. : Kiyoshi Kurosawa
Japon, 2003, 92'
Avec Joe Odagiri, Tadanobu Asano, Tatsuya Fuji, Sasano Takashi, Shiraishi Marumi...
Ad Vitam distribution
Sélection Officielle - En compétition - Festival de Cannes 2003
Sortie nationale le 03 Décembre 2003

[illustrations : Jellyfish (Akarui mirai) de Kiyoshi Kurosawa © Ad Vitam/Uplink Co]

Sur le web :
- La présentation officielle du film sur le site d'Ad Vitam distribution - Lire la présentation de la Rétrospective Kiyoshi Kurosawa à la MCJP (2001) - Focus sur les films Kairo / Cure / Charisma dans le cadre de la rétrospective Kiyoshi Kurosawa à la MCJP - Lire la chronique du film License to live (1999) - Lire la chronique du film Charisma (1998) - Lire la chronique du film Cure (1997)
Laurence Reymond


• Casting de Jellyfish

Réal. : Kiyoshi Kurosawa
Avec : Joe Odagiri , Tadanobu Asano , Tatsuya Fuji , Ryo Kase , Sayuri Oyamada , Takashi Sasano

• Les autres films de Kiyoshi Kurosawa
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