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Festival Objets et Comédies, à Clichy la Garenne du 24 novembre au 5 décembre 2003
Depuis six ans, la mission du festival Objets et Comédies est de favoriser la création de spectacles de marionnette mettant en scène des auteurs vivants. Cette nouvelle édition, qui a lieu à Clichy la Garenne jusqu'au 5 décembre 2003, présente vingt spectacles dont quatorze ont été créés spécialement pour l'occasion.
L'une des particularités du théâtre de marionnette - est-ce parce qu'il a longtemps été destiné aux enfants ? - est la durée des spectacles, souvent courte (40 minutes, 15 minutes, parfois seulement 5 minutes…). Si ces formats courts peuvent avoir l'inconvénient de cantonner la marionnette au seul monde des festivals, la rencontre avec des textes d'auteurs suppose que l'on fonctionne par extraits ou bien que l'on puise parmi des pièces courtes ou mieux encore… que les auteurs écrivent pour la marionnette.
Mémoire suspendue
Le flacon de pluie, présenté par Pauline Réant, est tiré d'un recueil de pièces courtes de Daniel Keene, auteur australien . Une vieille dame raconte comment des gens lui ont laissé tout un tas d'objets divers sur le quai d'une gare, alors qu'ils prenaient un train pour une destination dont ils ne sont jamais revenus - comment dès lors ces objets se sont entassés dans sa maison, au point qu'elle a été obligée de vivre dans la cour, de toujours les garder et les trier inlassablement. Bref, comment elle ne peut pas oublier même si c'était il y a bien longtemps, comme elle n'oubliera jamais ce petit garçon qui lui a laissé un flacon rempli d'eau de pluie. Quelle (qui ?) est donc cette vieille dame ? Une simple robe posée sur un cintre, suspendue à un paravent. Seuls deux bras gainés de longs gants blancs viennent donner vie à la robe vide. Absence de corps, absence de visage surtout, pour nous parler de tous ces déportés dont l'absence pèse toujours. Cette robe vieillotte sans corps pour l'habiter, c'est la mort. Sa mémoire, c'est la vie. Tel est le pouvoir du théâtre d'objet. L'image, toute simple, est d'une efficacité redoutable.
Paroles de glaise
Dans une logique assez proche, Paroles déterrées, d'après Méfiez-vous de la pierre à barbe d'Ahmed Madani, parle d'un autre génocide, celui de la guerre du Rwanda en 1994. Un enfant raconte les maltraitances dont il est victime à un autre gamin qui a subi le même sort avant lui. Ici, ce sont deux jeunes filles qui, tout en disant le dialogue sans tenter de l'incarner, laissent parler un bloc de terre glaise qu'elles travaillent. On comprend bien l'intention, et le symbole de cette terre triturée, frappée, modelée, écrasée, est lisible. La plupart des spectacles présentés en étant tous quasiment au stade de première, on excusera les comédiennes d'être encore un peu raides, à l'image de leur bloc de terre qui semblait ne pas vouloir se laisser faire, ne pas vouloir se laisser aller à être autre chose qu'un morceau de terre glaise sur une table de théâtre.
Précarité, humanité
Pièce courte, extrait de pièce. Une autre option est l'extrait de pièce fleuve. En effet, Ma Solange, comment t'écrire mon désastre, Alex Roux, texte de Noëlle Renaude duquel la compagnie Le Cri du papillon a tiré son spectacle Ah ! la vie champêtre, ne durerait pas moins de quinze heures dans une présentation simple et linéaire. Devant la quasi-impossibilité de présenter l'intégralité de l'œuvre (ce qui a pourtant déjà été fait à Bordeaux en 2001 par Frédéric Maragnani - en dix-huit heures), la présentation d'extraits s'impose presque… Et pour ce texte aux innombrables personnages définis non par leur psychologie mais par leur prise de parole, la distanciation qu'offre la marionnette semble tout à fait adaptée.
Dans ce spectacle, sont mises en scène de véritables marionnettes, petites poupées en papier mâché et bouts de chiffons : les « héros » sont deux jardiniers dans leur potager mais surgit une ribambelle d'autres personnages qui appartiennent à leur quotidien :le Louis qui vient de mourir, le postier et sa voiture jaune, le vicaire, le notaire, le citadin en vacances à la campagne, etc... Mais apparaissent au détour de ces évocations pittoresques des haricots, des tomates, le crapaud, la lune, tous animés également, magie de la marionnette.
Tout est donc possible avec celle-ci, même aux manipulateurs de revendiquer leur propre présence, ce dont ne se privent pas Florence Girard (la grande) et Jessica Vilarroig (la petite). Dans les mains de ce duo clownesque complice du public, le sort des marionnettes n'en est que plus précaire. Cette précarité est renforcée par la petite taille des personnages, la valise ouverte à l'intérieur de laquelle se joue la succession de saynètes, monde éphémère, et les matériaux bruts avec lesquels les marionnettes ont été fabriquées. Précarité qui nous renvoie à notre propre statut d'homme précaire et fait de ce spectacle apparemment simple et naïf une véritable aventure philosophique.
- Le flacon de pluie (The Rain) , texte de Daniel Keene, par Pauline Réant
- Paroles déterrées, d'après Méfiez vous de la pierre à barbe d'Ahmed Madani par la Petite Compagnie
- Ah ! la vie champêtre, extrait de Ma Solange, comment t'écrire mon désastre, Alex Roux (2) de Noëlle Renaude par la compagnie Le cri du papillon.
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