Kill Bill : volume 1 de Quentin Tarantino

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DJ' KT aux platines

Après trois « remix » virtuoses, Quentin Tarantino, aka DJ KT (prononcez "Kwtee") nous sert une compilation de films asiatiques et de western spaghetti. Quand, hier, il s'appropriait la matière des autres pour la faire sienne, aujourd'hui, il s'amuse à aligner les références. Mais le plaisir reste au rendez-vous, en particulier par un art de la rupture qui, tout en perdant peut-être en finesse et humanité, reste très efficace. On attend la suite avec impatience pour vérifier si le Quentin nouveau fera le printemps 2004.

- Lire aussi la chronique de Kill Bill : vol 2

Au commencement était l'entrepôt de Reservoir Dogs... Souvenez-vous, c'était il y a un peu plus de dix ans. Un espace désaffecté dans lequel Quentin Tarantino faisait se heurter différents protagonistes et diverses références. Reservoir Dogs était un univers vide que le réalisateur remplissait avec ses films préférés, le transformant par la même occasion en véritable vidéo club. Assez obscures à l'époque, les citations étaient alors totalement invisibles. A sa sortie, rares étaient les personnes remarquant que ce film s'inspirait de City on Fire de Ringo Lam et que les personnages s'habillaient comme ceux de John Woo et se querellaient à l'aide de répliques tirées de la "blaxploitation".

Le reste de la filmographie de Q.T. laisse aujourd'hui penser que celui-ci n'a pour seul but que de dévoiler et faire connaître au grand public ses influences de prédilection. Avec Pulp Fiction, prenant comme prétexte la littérature populaire américaine, il faisait une compilation de ses films préférés. Avec le plus sage Jackie Brown, il réalisait son "blaxploitation" à travers une belle lettre d'amour à l'égérie du mouvement : Pam Grier. Avec Kill Bill vol.1, Tarantino a décidé de concrétiser son film d'exploitation asiatique, et tout conduit à croire que le volume 2 sera son western spaghetti.

Si l'œuvre du réalisateur a tant marqué et eut une influence considérable sur toute une génération de cinéastes, c'est avant tout parce qu'à la manière d'un disc jockey, il fait du "sample" cinématographique, continuant ainsi la démarche de son maître Brian De Palma. Mais quand le réalisateur de Blow Out se contente de faire se télescoper les films d'Hitchcock, Tarantino cherche l'accident entre deux séquences, voire entre deux genres cinématographiques situés aux antipodes pour, au final, créer un véritable choc des cultures.

Dans Kill Bill vol.1, Tarantino tente évidemment de provoquer la collision qui entraînera la jouissance du spectateur. Néanmoins, penser que ses habituels personnages en complet noir vont se retrouver dans un film de la Shaw Brother serait mal connaître l'individu. Kill Bill vol.1 ne travaille pas un genre, il travaille plusieurs sous-genres issus d'une même lignée : le film de sabre japonais, le film de yakuzas, le wu xai pan, le chambara, les films de kung fu, les films de Bruce Lee, les mangas, etc... Quand Fukusaku rencontre Lady Snowblood... A la différence de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction, ces accidents, ces conflits cinématographiques s'annulent. Le cinéma de Tarantino perd ici de sa force car le film s'enferme finalement dans une seule et même culture et le thème principal reste une classique histoire de vengeance. Oui, Tarantino fait se rencontrer différentes cultures (la séquence où Uma Thurman croise Sonny Chiba est de ce point de vue l'une des plus réussies), différents styles, différentes façons de combattre, différents langages, mais qui émanent d'une même source. Et toute la force de Reservoir Dogs résidait dans l'interpolation des films de la nouvelle vague française et de ceux produits pour les « drive in » par l'américain Roger Corman !

Kill Bill vol.1 serait ainsi un anti-Reservoir Dogs. Ici, pas d'entrepôt miteux plein de références ; elles sont toutes là devant nos yeux, évidentes, brillantes, sur-lignées et magnifiées. En témoigne la séquence finale se déroulant dans la « house of blue » où la fascinante Uma Thurman, habillée comme Bruce Lee dans Le jeu de la mort, combat une horde de yakuzas. Kill Bill ne provoque quasiment jamais l'accident. Au contraire, on pourrait parler d'un véritable festival du film asiatique tant les références sont cohérentes et se complètent. Les heureuses ruptures sont plus à chercher du côté de la musique où la plupart des morceaux est empruntée au cinéma. Le principal et génial concept de ce film est simple: filmer des combats asiatiques avec une musique de western spaghetti. Le flamenco disco "Don't let me be misunderstood" rythme le combat final, tandis que l'une des plus belles séquences nous montre la jeunesse de Lucy Liu, reine du crime de Tokyo, en animation « mangaïsée » et illustrée par la superbe musique du Grand duel, un western italien avec Lee Van Cleef.

On ne s'étonnera donc pas que l'ombre principale qui plane sur Kill Bill n'est pas celle des frères Shaw mais celle de son "frère" Robert Rodriguez, à qui il est dédié. Tarantino fait donc de Kill Bill vol.1 une orgie cinématographique, un déluge de fureur visuelle : un film dont on sort couvert de sang avec un immense sourire.

Kill Bill Vol. 1
Réal. : Quentin Tarantino
Avec : Uma Thurman, Lucy Liu, Vivica A. Fox, David Carradine, Daryl Hannah, Michael Madsen.
Etats Unis / 2003 / 1h52
Sortie nationale le 26 novembre 2003

Matthieu Perrin Le 25 November 2003

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