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Arjona, un inspecteur des RG, dévoué comme il se doit corps et âme à son ministère, s'infiltre dans un groupe de jeunes de cité. L'infiltration se transforme petit à petit en conversion puis résurrection, le passage à l'ennemi se faisant par le passage à l'ennemie, grâce aux formes et au mutisme d'une jolie Dulcinée.
C'est la deuxième intrusion littéraire de Lydie Salvayre dans les barres de cités, après Les Belles âmes, mais ce ne sont plus des touristes en visite qui nous font entrer dans ces lieux mystérieux, mais l'inspecteur Aronja. Le roman est ici formé d'une succession de rapports qu'Arjona rédige pour lui-même et/ou à ses supérieurs, ce qui permet à Lydie Salvayre d'infiltrer - à son tour et avec une probable jubilation partagée - le milieu policier.
Rentrer dans la peau de divers discoureurs est une marque de fabrique de Lydie Salvayre : cours pour huissiers de justice, rapport d'huissier, remise de médaille, conférence littéraire … (dans, respectivement, Quelques conseils utiles aux élèves huissiers, La Compagnie des spectres, La Médaille, La Conférence de Cintegabelle). La distance qu'elle met entre elle et ses personnages, et l'œil aiguisé qu'elle pose sur eux, peuvent bien sûr trouver une origine dans l'autre occupation de Lydie Salvayre puisqu'elle est psychiatre, mais elle l'explique autrement, dans une interview de Alain Ducroq : « Elevée en espagnol - mon père n'a jamais "investi" la langue française -, le français n'est pas une langue naturelle pour moi. J'ai passé ma vie à courir après le français, à désirer cette langue. Ce qui est intéressant avec la littérature, c'est qu'elle ouvre, à l'intérieur de la réalité, à une réalité poétique, qu'elle révèle. Elle ne transfigure pas le réel, mais elle le rend plus ardent, plus lucide, plus beau parfois. Il s'agit de l'habiter. Ecrire, c'est comme parler : c'est quitter le réel et y revenir sans cesse.».
La prise de style est évidemment pastiche, vecteur d'ironie, de sarcasmes, puis s'oriente très nettement vers la contestation et la subversion douce. La rapidité et la finesse du trait servent toujours une cause plus large que la moquerie directe du héros. La dénonciation n'est pas automatique et partiale ; s'il y a bien des « méchants », les « gentils » seront beaucoup plus difficiles à identifier, et, dans Passage à l'ennemie, ni l'intello gauchisant, ni le beur mauvais père ne trouvent grâce.
Passage à l'ennemie
Lydie Salvayre
Editions du Seuil, septembre 2003
200 pages, 15 euros
* nota : Le plus bel exemple de mariage entre littérature et engagement de Lydie Salvayre est Contre, un livre-cd créé d'après une commande de France Culture en compagnie de Noir Désir, où politique et dénonciation de mode de vie, société marchande ou marchandisée, se lisent et s'écoutent en musique et poésie.
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