A table ! La Scène, une nouvelle création de Novarina pleine de rires, de pierres, de tonneaux, de trous, d'anti-dieux et d'hommes et Valère nous régale. N'allez pas chercher à comprendre pourquoi, mais Novarina - tout en faisant fi des discours journalistiques, politiques, critiques - a l'art de dissèquer sur scène et l'homme, et le personnage, et l'acteur et le spectateur, en insufflant à tout cela une dynamique humanité, une terrifiante étrangeté.

Les acteurs ont faim de mots, l'homme souffre dans son langage, un grand trou impure abreuve nos sillons : Français, concitoyens, publics, vedette de journaux télévisés, ouvriers, comédiens, animaux, figures de l'Eucharistie, grands sceptiques devant l'éternel, les personnages ont soif, et mal, et soif : A table ! Le couvert métaphysique est dressé, La Scène est donnée ce jour, la grande béance du langage humain et le sacrifice de l'acteur sont pour aujourd'hui, ici toujours, sur la scène d'un théâtre, dans les "mots voraces".

Deux ans après L'Origine rouge (scénographie semblable, même décor, même inquiétante et burlesque dramaturgie..) et presque quatre ans après L'Opérette imaginaire, Novarina rassasie donc à nouveau une bande de doux dingues, comédiens virtuoses, animaux-personnages pris dans les méandres du langage. La faconde demeure : partir avant tout de l'espace, des acteurs, leur donner corps et voix, avec pour objectif n°1 : Appeler l'homme, le faire donner à manger tout cru aux spectateurs, l'exposer dans toute sa nudité contemporaine (la France éternelle, les politiciens, les automobilistes, les instituts de sondages, les journalistes et les cyclomoteurs) et sa terrifiante inquiétude, sa foi incrédule, son désespoir roide, son nihilisme sans frein. Théâtre métaphysique ? Pensez-y donc !

Pour faire simple, peut-être faudrait-il revenir d'abord à des choses évidentes. Novarina travaille depuis 20 ans à une écriture de théâtre, à une langue du partage, écrite et pensée pour la scène. Une langue singulière et volcanique, cultivant la contradiction et le paradoxe jusqu'à l'absurde et habile à rompre avec les discours usuels, ceux du journalisme, de la communication, de la connaissance. Un simple exemple : la satire, pour le moins récurrente (Dominique Parent - photo ci-jointe - dans le personnage de la Machine à suivre), du journaliste télé ou radio, déconstruit comme une mécanique trop bien huilée, parodié comme une machine à produire de l'information, quand manifestement la machine s'est enrayée. Nourri d'une lecture quotidienne de la presse, cette partie du texte se livre à un travail de déconstruction sur une partition presque mécanique, à coups d'effarement et de pantomime, mais le fait est : la langue télévisuelle doit bien être incapable de penser le monde dans sa schizophrénie et sa formidable disparité.

« - Athéniens !...
- Un forcené vient d'être maîtrisé par les brigades d'intervention alors qu'entré par effraction dans les locaux vacants de l'imprimerie nationale il tentait d'intervertir l'ordre alphabétique de toutes les lettres afin de porter outrage à l'ordre du langage - Aaaa ! Sur un panel de onze miliard onze cent onze mille millions onze mile cent onze et une personnes sondées sur le champ aux premières heures d'un récent sondage, aaa !, 71% aurait préféré échapper à cet examen ; parmi lesquelles 29% restants, seuls 6,4 l'ont été avec joie ; 8% des 47 qui restent étant toutefois demeurés sans opinion après la treizième tentative de sondage (...)
»

Et ce n'est rien, ceci n'est que le prologue. Ah ! bienheureux le spectateur qui parviendra à débrouiller tous les fils de ce théâtre de l'accumulation, de la répétition, de l'amplification verbale. Inventions, interpellations tous azimuths, surgissements, présences : il faudrait encore parler de sentiment religieux, d'humanisme, de travail de l'acteur mais le moment n'est certainement pas à l'analyse. Servi par une troupe de comédiens hors pairs (Michel Baudinat, Dominique Pinon, Jean-Quentin Châtelain... cf la liste ci-dessous) La Scène de Valère Novarina est avant tout un festin à dévorer tout cru.

La Scène
texte, mise en scène et peintures Valère Novarina
chanson composée par Christian Paccoud
Avec Michel Baudinat, Céline Barricault, Jean-Quentin Châtelain, Pascal Omhovère, Dominique Parent, Dominique Pinon, Claire-Monique Scherer, Agnès Sourdillon, Léopold von Verschuer, Laurence Vielle
le texte de La Scène est paru aux Éditions P.O.L

Théâtre de la Colline
Du 12 novembre au 7 décembre 2003.
Du mercredi au samedi 20h30, mardi 19h30, dimanche 15h30.
Plein tarif 26€, le mardi 18€, moins de trente ans 13€

Arnaud Jacob


• Les news de Saisons, le blog scènes
Voyage borgésien à Beyrouth
  Un homme assis à une table, derrière lui un écran. Le...
L’humour doux dingue d’Armando Llamas à Villejuif
On aime beaucoup Armando Llamas, auteur rare, disparu trop...
Dominique Blanc donne corps à "La douleur"
Ils ont d'abord lu le texte, ensemble. Au pupitre, Dominique...
Arts urbains tous azimuts en Essonne
Au commencement, les Rencontres internationales de danses...
Sacrée Yvette !
Il est des spectacles qui ont le goût rose thé, légèrement sucré...

• Nés aujourd'hui


• Sur les forums de Flu

Fluctuat / Faites passer...Musique / Je cherche des artistes de TranceCinéma / Ecole de ciné sur ParisArts et spectacles / de la danse buto au c...Jeux vidéo / je cherche jeu bebes partyFoot / C. ronaldoLivres / Sire CedricTélé / Un serial killer héros d'une série ...



scenes.fluctuat.net
Sortir
Pitié d'Alain Platel Dans Pitié!, dernière création d'Alain Platel, le corps des danseurs transpire la douleur de l'âme. Aux limites de la folie, sa chorégraphie extatique renoue avec...