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La Felicità : Le bonheur ne coûte rien: le titre du nouveau Calopresti, à la VF encore vaguement bilingue, milite pour on ne sait trop quoi.
Alors voilà: homme au bord de la crise de nerfs, Sergio étouffe dans sa vie comblée. Arrivé à l'âge des bilans, comme on dit, Sergio a tout d'un coup envie de dire "basta" au matérialisme et à l'hypocrisie qui dirigent son milieu et son existence. Au moment où Sergio allait craquer, un grave accident de voiture le met face à Gianni (Peppe Servillo). Or celui-ci, ouvrier de son état, est mort sur un chantier dont Sergio avait la responsabilité : les deux hommes étaient amis dans la vie (comprendre : malgré les barrières sociales), et Gianni revient de l'au-delà pour apaiser les doutes de Sergio, rongé par la culpabilité. Ce fantôme, mi-démon familier, mi-ange gardien, restera aux côtés de Sergio quand son entourage aura baissé les bras. Un sésame pour le bonheur semble être offert à Sergio lorsqu'il rencontre une femme aussi mystérieuse qu'écorchée (Francesca Neri, assez figée); mais c'est la fin de cette passion, en le laissant seul face à sa propre folie, qui lui permettra paradoxalement d'affronter sa vie.
Le film n'est pas désagréable à regarder: Mimmo Calopresti interprète le rôle principal avec charisme et auto-dérision; et Valeria Bruni-Tedeschi donne son talent à un rôle secondaire, par amitié pour le réalisateur avec lequel elle a déjà tourné La seconda volta (1995) et Mots d'amour (1997). Ce drame psychologique n'est heureusement pas dénué d'humour, à l'image de la scène d'ouverture où l'on voit Sergio pleurer comme une madeleine devant un reality show. Le film manie habilement l'intrusion du fantastique dans le quotidien de son personnage, et tire parti de ce ton poétique et légèrement décalé. Mais la complexité du scénario ne suffit pas à le rendre profond, et on finit par se lasser des histoires à tiroirs et des flash backs...
Au-delà de la relative inanité du film, on s'interroge sérieusement. Le cinéma italien ne serait il pas un peu malade? Le hasard des programmations fait que, le même jour que La Felicità, sort le nouveau film de Gabriele Muccino : Souviens toi de moi, avec Monica Bellucci, raconte lui aussi la midlife crisis, la fin des illusions matrimoniales, l'aspiration au bonheur concrétisée par la rencontre avec une femme passionnée... et puis le destin - un accident de voiture dans les deux films - qui vient apporter son lot de bouleversements. Même si montrer la vulnérabilité du "mâle italien" n'est pas dénué d'intérêt, et si ces films sont toujours partiellement sauvés par leur italianité (ah... les terrasses romaines! l'allure des belles italiennes !), ce cinéma transalpin-là reste borné à un univers familial très conventionnel et étriqué. Les personnages de Muccino et ceux de Calopresti sont interchangeables. La distribution des films italiens en France est encore trop timide pour bouder ces nouvelles sorties (d'autant qu'on en redemande plutôt, après les phénomènes Respiro et Nos meilleures années): mais voir deux films très similaires et assez médiocres sortir la même semaine, franchement, ça fait trop. Et cette quête obstinée du bonheur, de film en film, nous rappelle que le cinéma italien post Dolce Vita se cherche encore.
Sortie: 12 novembre 2003 Réal. Mimmo Calopresti Scénario: Mimmo Calopresti, Francesco Bruni, Heidrun Schleef Avec: Mimmo Calopresti, Vincent Pérez, Francesca Neri, Valeria Bruni Tedeschi...