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Texte et mise en scène de Valère Novarina
Une fois encore Valère Novarina pose la question : « Qu'est-ce que l'homme ? » et une fois encore il nous éblouit. De sa langue-matière il façonne les multitudes faites en arguments, en épithalames, en chansonnettes et dépose sur la scène, en sarabande, la troupe des êtres qui tentent dans un même élan de saisir « leur animal et leur pensée ».
C'est dans un espace abstrait, un tableau-paysage peint par l'auteur lui-même que débute l'étrange chorégraphie où l'on verra Jean Terrier déclarer son amour en algèbre, Jean Chronodule carillonner, la Machine à dire voici dire « voilà », les Hommes Hécatombes passer en courant et surtout, les hommes-troncs de la télévision, engoncés dans leur plateau qui leur sert de jupette, traverser la scène et s'y déposer comme des navettes spatiales. Car, un fois de plus, pour Novarina, interroger l'homme consiste évidemment à interroger sa langue. C'est le langage qui fait la chair, le sang, le langage qui agit, meurt ou assassine. C'est la raison pour laquelle il fait de ces présentateurs hilarants, merveilleusement interprétés par Didider Dugast et Dominique Parent, les tristes clowns qui remplissent la trame du drame. La satire est lancée. La télévision trompe sur le réel : « C'est sciemment qu'on nous dresse un peu plus chaque jour à employer un mot pour un autre, les jeux de mots sont des jeux de sang et un peu partout dans le monde, on meurt par glissement de mots ».
Mais Valère Novarina ne s'en tient pas là. Son écriture épique opère la traversée des univers pour tendre finalement à une véritable dimension cosmogonique. L'Origine Rouge pourrait bien être un récit des origines. N'est-ce pas la femme Séparacide qui inaugure la parole, tentant de remettre en ordre la série des ancêtres de l'homme ? Emergeant du plus profond de la scène rouge, elle s'extrait du sol et, égrenant les noms, la voilà qui progresse, s'érigeant sur ses deux jambes, avançant la tête : « Purgatorius ceratops, plesiadapis tricuspidens, adapis magnus, apidium philomense, parapithecus grangeri, oligopithecus savages, aelopithecus...». Et, dans une attitude mécanique et fantasque, elle incarne, pour notre plus grand régal, une sorte de chaîne darwinienne qui placerait les transformations organiques de l'homme dans l'évolution des mots.
Il faut encore dire que l'écriture de Novarina est servie sur un plateau d'argent. Les comédiens atteignent ici au rang d'acteurs-créateurs, de « performers ». Dominique Pinon aujourd'hui, et Michel Baudinat, Daniel Znyk, André Marcon, Laurence Mayor, Léopold von Verschuer, Valérie Vinci, Christian Paccou, Dominique Parent et Didier Dugast, confiant depuis des années leur talent à l'auteur lui donnent la vraie liberté de l'invention.
On aime ce théâtre de Présence, ce théâtre organique et exalté qui donne raison à Grotowski : « Au moment d'un choc psychique, de terreur, de danger mortel ou de joie incommensurable, un homme ne se conduit pas «quotidiennement» /.../ l'homme utilise des signes rythmiques, il commence à danser, à chanter. Le signe organique, et non le geste commun, est pour nous l'expression élémentaire /.../ nous recherchons une distillation des signes en éliminant les éléments de la conduite «quotidienne» qui obscurcissent l'impression pure».
L'Origine rouge
Au théâtre de la Colline
Du 28 septembre au 29 octobre 2000
Texte et mise en scène de Valère Novarina
Scénographie Philippe Marioge
Lumière Joël Hourbeigt
Costumes Sabine Siegwalt
Musique Christian Paccoud
Avec Michel Baudinat, Didier Dugast, André Marcon, Laurence Mayor, Christian Paccoud, Dominique Parent, Dominique Pinon, Agnès Sourdillon, Valérie Vinci et Daniel Znyk.
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