Cela se passe dans la salle supérieure du Théâtre de la Bastille. Dans ce sombre cocon, on attend le début du spectacle : Pour Louis de Funès de Valère Novarina. Quatre énormes projecteurs aveuglent le spectateur.

Impossible de ne pas établir une analogie entre l'espace de la salle et une étrange chambre noire, la "chambre noire de l'imagination" (Cendrars). Soudain, tout s'éteint. Dans l'obscurité totale, le silence s'enracine... Rien...le trou... Jusqu'aux limites du concevable, du doute, de l'absurde, Renaud Cojo, le metteur en scène, fait persister la béance dans le cœur d'une représentation théâtrale. Puis, comme le claquement d'un élastique qui, trop tendu, vient à se rompre, la voix cinglante de Dominique Pinon retentit. Elle invoque la disparition du théâtre, son engouffrement dans l'obscurité : "Le théâtre doit disparaître".

Une silhouette s'esquisse alors, imperceptible, c'est l'Acteur qui, à la lettre, s'incarne sous nos yeux. Mais attention ! L'Acteur s'incarne à la manière de Novarina, c'est-à-dire qu'il apparaît en disparaissant : "Il retire tout le théâtre de lui en entrant". Comme le théâtre, "l'acteur est un trou".

Domique Pinon, accomplit l'incroyable exploit de se transfigurer tout en énonçant les formules de sa transfiguration. Il réalise la douloureuse opération physique qui consiste à prononcer la "parle" de Novarina. Fantomatique, il n'existe que par sa parole, dans une forme de logorrhée tantôt spasmodique, tantôt éclatante, mais dont l'énergie suffit à lui conférer une vie organique. Car, dans la langue paradoxale et pourtant éminemment logique de Novarina, il faut comprendre que, lorsque l'acteur entre en scène, en réalité il en sort. Il doit passer "par le trou", "sous le mur" et devenir à son tour, trou de lumière.

Pour Louis de Funès est un spectacle exigeant, qui demande au spectateur le même effort d'attention que l'effort d'incantation qui est demandé à l'acteur pour sa propre existence d'acteur. Pour Louis de Funès est un spectacle qui demande à l'amateur de théâtre de reprendre ses gammes et au metteur en scène de déserter son rôle de metteur en scène pour devenir invisible. Pour Louis de Funès est un spectacle en colère...

Pour Louis de Funès de Valère Novarina
Mise en scène : Renaud Cojo
Assisté de Laurence de la Fuente
Avec Dominique Pinon
Lumières : Eric Blosse
Scénographie : Philippe Casaban, Eric Charbeau et Renaud Cojo
Interprétation musicale : Pascal Cormelade
Au théâtre de la Bastille du 1er mars au 28 mars 1999 à 19h30, dimanche à 15h30, relâche le lundi et le jeudi 4 mars.
Durée du spectacle : 1h15

Virginie Lachaise




• Les news de Saisons, le blog scènes
Petits contes pour oreilles tendres de la Cie Corossol Petits contes pour oreilles tendres de la Cie Corossol
Le loup est à l'honneur ces temps-ci. Si si. Il y a peu, nous...
A mon âge, je me cache encore pour fumer A mon âge, je me cache encore pour fumer
Au hammam, à Alger, il y a le jour des hommes et celui des...
La ronde des spectacles de Noël La ronde des spectacles de Noël
Histoire de se préparer à une indigestion de dinde, ou de...
Catherine Hiegel : par ici la sortie Catherine Hiegel : par ici la sortie
Ça chauffe à la Comédie-Française! Catherine Hiegel, la doyenne...
Le retour d' Allah n'est pas obligé Le retour d' Allah n'est pas obligé
Cette « farce carnassière » signée Ahmadou Kourouma est un récit...

• Sur le forum Théâtre Danse

Nouveau spectacle comique accessible à tous !Votre BOOK PHOTO, 90 euros tout compris : ...Salutmarionnettes à Paris

• Diaporamas



theatre-danse.fluctuat.net
Sortir
Philoctète à l'Odéon Un chef d'œuvre méconnu et un grand acteur, Laurent Terzieff : Philoctète, une pièce à ne pas manquer.
Hommage à Diaghilev Tapis rouge à l’un des ballets les plus prestigieux de Russie et à l’un de ceux qui en a écrit les plus belles pages de son histoire : Serge Diaghilev.