Anything else, la vie et tout le reste de Woody Allen

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Woody hors d'haleine

Avec Anything Else, Woody nous rejoue une fois de plus son parfait petit Allen illustré : aphorismes désabusés, psychanalyse, intellos New Yorkais terrorisés par des femmes hystériques, tous les ingrédients sont réunis. Un petit univers qui connaît la crise, mais qui tourne cette fois encore à vide.

Dans Anything Else, le personnage névrosé de Woody se trouve un alter-ego jeune en la personne de Jerry (Jason Biggs), écrivain en psychanalyse et en couple avec une nymphomane qui refuse de coucher avec lui (mais pas avec les autres). Heureusement, il a un ami, Dobel (Woody), vieux paranoïaque qui le submerge de conseils tels que d'avoir toujours une arme à feu à portée de la main. On connaît bien ces personnages, mais l'effet de familiarité est ici atteint par quelque chose de maladif. Entendre Jerry parler comme Allen dans ses premiers films, c'est voir Woody se projeter dans une jeunesse qui ne peut pas lui ressembler. Quelque chose, dans ce décalage, ne passe pas. Les très bons acteurs, Biggs et Ricci, s'écroulent sous le poids de personnages trop chargés, trop âgés pour eux. Le premier réussi une jolie prouesse de mimétisme, mais on ne croit pas une seule seconde à son personnage, tandis que la pauvre Christina Ricci doit jouer une folle nymphomane dont « les hormones pourraient servir d'arme chimique au Pentagone ».

La misogynie est ainsi un des principaux ressorts comiques du film : on a connu Allen plus inspiré. Bien sûr, les aphorismes hilarants sont encore là, mais on y croît plus. Sur un scénario qui se limite à « Dobel tente de sauver la vie encombrée de Jerry », Woody nous livre un film désespéré, où, s'il parvient bien à sauver son héros, il renvoie tout le reste à une folie généralisée du monde. Et c'est peut-être là que le film nous touche le plus : lorsque l'éternelle ironie et la maîtrise des mots se transforment en rage et en violence physique : Woody détruit à coup de barre de fer la voiture de deux types violents qui lui ont pris sa place, Woody tue un flic. Son amusante névrose vire au tragique, tandis que son alter ego s'en voit peut-être sauvé. Alors qu'il y compile ses thèmes favoris, Anything Else est un film de crise, où Woody réalise que son univers ne tient plus, qu'il lui faut en sortir s'il veut - purement et simplement - survivre. Après ça, on attend avec beaucoup de curiosité son prochain film.

Le Woody 2003 n'est pas un grand cru, mais il est le cru du doute et de la remise en question. Il était grand temps, alors que ses derniers films s'enlisaient progressivement vers la redite nullement inspirée. Woody cherche sans doute quelque chose de nouveau. Sans doute pas une piste, mais en tout cas l'une des plus jolies répliques du film : « Hier soir, j'ai fantasmé sur une partie à trois avec moi, Marilyn Monroe et Sophia Loren. C'était très érotique. Et si je ne me trompe, c'était la première rencontre entre ces deux grandes actrices. »

Anything Esle, la vie et tout le reste
Un film de Woody Allen
Avec Woody Allen, Jason Biggs, Christina Ricci, Danny DeVito.
Etats-Unis / 2003 / 108'
Sortie nationale le 29 octobre 2003

Laurence Reymond Le 28 October 2003

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