Fluctuat/Arts, culture, société, poil à gratter
• Musique • Cinéma • Livres • Jeux vidéo • Télé • Société • Arts • Scènes • Sortir

> newsletter | blog scènes | forum théâtre danse | jeux | concours
dernière mise à jour le 12.02.12 à 14:57
x fermer Inscrivez-vous à la newsletter Flu :
Articles
Festival Anticodes : 4 artistes à suivre
En atendant, Anne Teresa De Keersmaeker
Raimund Hoghe - Si je meurs...
Alain Platel - Gardenia
Alain Buffard - Tout va bien
Les dessins de Trisha Brown
La performance : exposer l'inexposable
Tacita Dean/Merce Cunningham
Danse élargie
10 minutes à perdre
L'Oubli, toucher du bois de Christian Rizzo
Articles Scènes
Entretiens
Entretien vidéo avec Jan Fabre
Entretien vidéo avec Jan Fabre
Entretien avec Nicolas Bedos
Entretien avec Fred Pellerin
Entretien avec A.T. De Keersmaeker et Jérôme Bel
Entretien avec Jérôme Bel et A.T. De Keersmaeker
Entretien avec Susanne Linke
Entretien avec Jacky Sigaux
Entretien avec Alain Platel
Entretien avec Jean-Claude Gallotta
Rencontre avec Wim Vandekeybus
Interviews Théâtre Danse
Dossiers
Martha Graham en vidéos
Martha Graham en vidéos
Chaillot, nouveau temple de la danse
Les Ephémères
Arts de la rue
Acteurs au théâtre
Festival Mettre en Scène 2007
Avignon 2007
BIAM 2007
Tous les dossiers Théâtre Danse
Année 1994

D'or et de lumière

Le Soulier de satin - Olivier Py

Paul Claudel. Au Théâtre de la Ville jusqu'au 11 octobre 2003

Olivier Py réussit à nous transporter de scène en scène, de journée en journée, dans une odyssée lyrique et baroque, véritable marathon titanesque pour le corps et l'esprit, tout d'or et de lumière baigné. A voir pour l'évangile selon La Balibar, servi par une ferveur théâtrale où l'illusion fait accéder à la grâce.

Le soulier de satin, on le sait, c'est l'anti "pantoufle de vair". "Ils ne se marieront pas et n'auront pas d'enfants"… C'est une histoire d'amour absolue entre Dona Prouhèze (Jeanne Balibar) et Rodrigue (Philippe Girard), des amants que la vie, le temps, la mer, la mort, des mots où scintille l'exigence de l'absolu - séparent. Prouhèze est mariée, Rodrigue est libre, Prouhèze se livre tout entière à son amour dans son renoncement, admirable paradoxe que Rodrigue mettra une vie à comprendre. Autour d'eux gravite une constellation de personnages, heureux, tragiques, bouffons, purs et lâches, qui tous seront touchés par la grâce de cet amour indestructible, depuis le royaume des Indes jusqu'au Japon, de l'Espagne à l'Afrique.

L'oeuvre est monumentale (plus de 9 heures de représentation), difficile (ne pas oublier que Claudel a été "illuminé" par Rimbaud), voire politiquement incorrecte (de par la personnalité de son auteur), ou encore anachronique (les mystères de la grâce)... Pourtant la mise en scène de Py révolutionne tout et fait redécouvrir un théâtre de la chair, déchiré par le désir, habité par le rire, nourri de poésie, où l'absolu (Dieu) est un centre dont la circonférence n'est nulle part. Le texte est respecté à la lettre, pas un ajout, pas une virgule de moins - contrairement aux précédentes mises en scène -, c'est donc à un authentique tour de force que s'est livrée la troupe. Et l'on s'étonne, car on avait oublié à quel point Claudel est un auteur résolument moderne, nourri de sa passion pour le théâtre, d'où qu'il vienne, par delà l'espace et le temps, comme il nous le dit à travers le personnage de l'Annoncier : "Ecoutez bien, ne toussez pas et essayez de comprendre un peu. C'est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c'est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c'est ce que vous ne trouverez pas amusant qui est le plus drôle".

D'abord, il y a la chair, la nôtre, l'oreille et la vue sont envoûtées par la beauté du texte, par l'exhibition de décors, de trouvailles polysémiques : le monologue de la Lune fait frissonner l'échine ; la scène fait alterner le dépouillement naïf d'un plateau nu, de bateaux d'enfant, d'une roue céleste où sont fixées des étoiles que l'on peut décrocher, et la splendeur de frontons de palais baroques, de portiques qui s'encastrent les uns dans les autres, pour figurer soit un mur, soit une perspective, tout martelés d'or. Un ring qui s'embrase et c'est la joute spirituelle entre Prouhèze et Don Camille qui prend tout son sens, un océan suggéré par le souffle aphone d'une trompette, et c'est "le poème de la mer" qui vous enivre. Tout y est, Py célèbre le théâtre, mais aussi le cinéma, à travers le Verbe claudélien : un crâne d'Hamlet, une épée croix de Corneille, un vagabond à la Beckett, ou une gigantesque sphère dorée, tribut à Chaplin, qui peut tour à tour incarner le globe, la puissance de l'Espagne catholique, ou le grain de chapelet égaré par Prouhèze, une estampe japonaise qui se fait sous nos yeux. Py nous rappelle que le théâtre de Claudel est un spectacle de la sensation. Et puis il y a la chair, celle, tragique du péché, frustrée, que les mains de Prouhèze excellent à incarner, en remontant sa robe, en ramassant ses plis, plongeant entre ses cuisses. Il y a l'autre chair, heureuse et bénie, formée par le couple de Dona Musique et du Vice-roi de Naples, leur nudité attendrit comme à la vue d'un nouvel Eden. Et puis il y a la chair bouffonne de la négresse Jobarbara et de l'Irrépressible, dont l'exhibition grotesque déclenche un plaisir orgiaque de Saturnales.

Voilà pour le spectacle, mais ce qui émeut par dessus tout, c'est cette quête de l'absolu dont Prouhèze est la figure de proue, entraînant toutes les figures féminines à sa suite, subjuguant les hommes qui la croisent. La Balibar, dès son entrée force le respect, son visage de chatte, sa voix oscillant entre la gouaille d'une Arletty et le murmure d'un oiseau, les confessions pudiques et la rage de la passion. Toute de rouge vêtue, elle est cette étoile pour Rodrigue et pour nous spectateurs, qui annonce dans la misère de la chair, la grandeur de l'être. L'évangile qu'elle porte, c'est son irréductible foi en l'amour, que personne ne peut comprendre. Héroïne et amazone, elle n'en est pas moins une petite fille, une petite soeur, comme l'appelle son Ange gardien, qui porte la conscience du monde en elle. Elle survit dans sa fille Dona Sept épées, qui pleine d'énergie et de candeur, tente de faire renaître un Rodrigue, fou, mutilé, ridiculisé, déchu de sa grandeur passée d'aventurier conquérant. Il y a dans Prouhèze et Chimène et Dona Sol et Yzé, un absolu féminin qui nous transcende. Les autres personnages sont admirablement bien servis par une troupe qui nous fait rire et qui nous émeut, sans jamais se retrancher derrière l'obscurité d'un texte, qu'ils nous servent à la lumière de leurs corps.

Py a réussi... Claudel nous parle d'un temps qui n'était pas le nôtre, mais aussi de notre époque ! Ecoutez-le et retrouvez la critique de la mondialisation, d'une religion qui s'érige en pouvoir temporel, d'un enseignement sclérosé, du pouvoir absolutiste, pour renaître au partage, au sacrifice, à l'humilité, dans la "Joie" et l'espérance d'un grand midi. C'est à un drame au sens plein qu'il nous convie : les pantomimes de La Commedia dell'arte, de la Comédie espagnole du grand siècle, du théâtre de Beckett alternent sous nos yeux, (exhibées par le mouvement des techniciens, conformément au voeu du dramaturge, pour mettre à jour l'illusion) avec les scènes tragiques, lyriques évoquant Shakespeare, Corneille, Racine, Hugo... Au sommet, cette sentence pour frontispice qui s'éclaire finalement d'elle-même : "Dieu écrit droit avec des lignes courbes".

Le Soulier de satin
création
Paul Claudel
Mise en scène Olivier Py
Avec Jeanne Balibar, Philippe Girard, Miloud Khétib, John Arnold, Olivier Balazuc, Elizabeth Mazev...
Du 2 septembre au 11 octobre 2003
Au théâtre de la Ville
2 place du Châtelet, Paris 75004
tél : 01 42 74 22 77


- Le site du théâtre : www.theatredelaville-paris.com
- Lire l'article Les Ballades de Miss knife D'Olivier Py
- Lire la news Sa majesté Py II, roi des poètes, 27 juillet 2003
Suivre @fluctuat
Florence Salé - 07 mai 2008

• Les news de Saisons, le blog scènes
Jan Karski (Mon nom est fiction) aux Gémeaux Jan Karski (Mon nom est fiction) aux Gémeaux
    Jan Karski (Mon nom est fiction) est une adaptation du...
L'angoissant onirisme de Joris Mathieu L'angoissant onirisme de Joris Mathieu
C'est à partir d'un roman que Lorris Murail a écrit en...
Naples Millionnaire ! Eduardo de Filippo au théâtre de la Tempête Naples Millionnaire ! Eduardo de Filippo au théâtre de la...
1942, l'Italie est en guerre. Les denrées sont rares. Sous le...
L'enfer, premier cercle : Salle d'attente de Krystian Lupa L'enfer, premier cercle : Salle d'attente de Krystian Lupa
Un sous-sol aux murs couverts de graffiti, des garçons, des...
Coeur de chien : une farce féroce et hilarante Coeur de chien : une farce féroce et hilarante
  On connaît Boulgakov, son roman Le...
• Sur le forum Arts

l'univers de ce nouvel artiste au son Pop ...Story of a BiteRecherche de monologues et sketches...La page facebook de l'école de mime corpor...

• Deal du jour, avec Groupon
> tous les deals
  • J'en profite
• Diaporamas théâtre danse

Scènes : 10 performeurs barrés à découvrir

Quand les humoristes se tapent l'affiche

Théâtre, danse, opéra : les mises en scène qui ont tout changé

7 humoristes dans le vent

Danse : les grands moments de rupture



theatre-danse.fluctuat.net
Zoom sur

Ariane Mnouchkine
Ariane Mnouchkine
Antonin Artaud
Antonin Artaud
Eugène Ionesco
Eugène Ionesco
Robert Wilson
Robert Wilson
Dita Von Teese
Dita Von Teese
Raimund Hoghe
Raimund Hoghe
Martha Graham
Martha Graham
Myriam Gourfink
Myriam Gourfink
Les personnalités Théâtre Danse

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Afficher par : naissance / nationalité / métier
Sortir
Dossier
Chaillot, nouveau temple de la danse


Qui sommes-nous ? | Confidentialité | Mentions légales | Publicité | Partenariats | Presse | Index | index théâtre danse | Syndication RSS

Plan du site : Musique - Cinéma - Livres - Jeux vidéo - Télé - Société - Arts - Scènes - Sexe - Foot - Sortir - Forum

Fluctuat.net - Tous droits réservés. Un service édité par Doctissimo Network