A l'heure où les technologies plus si nouvelles font désormais partie de notre quotidien, le spectateur commence à exiger de l'art numérique quelque chose de plus qu'un simple spectacle technico-gadget. Tour d'horizon de la rentrée cyber dans quatre ou cinq lieux de Paris, où la découverte de la création du monde entier est aussi une invitation à retrouver le temps de contempler.

Il y aurait bien cinq ou six manières différentes d'aborder la rentrée cyber à Paris. De toutes façons, entre les mix de groupes électro dont on n'a jamais entendu parler, les installations vidéos dont on ne sait jamais trop s'il y a du numérique (au tournage, à la projection ?), ou les spectacles-de-danse-avec-interaction-en-temps-réel-qui-font-du-bruit-amplifié, les programmations artistiques multimédia convergent souvent vers une sorte de fourre-tout sans grande ligne d'ensemble où quelques ingrédients sont tout de même requis : il faut du jeune - beaucoup -, de l'international - mais en fonction des moyens, rarement prolixes dans ce domaine à Paris -, et surtout du flash - ce qui ne signifie pas forcément une grande dextérité dans le maniement du logiciel éponyme d'animation web. Bref, un joyeux bordel hyper trendy au sein duquel, pour commencer l'année, le très sérieux ciREN (Centre interdisciplinaire de recherche sur l'esthétique du numérique, université Paris-VIII-Saint-Denis) a éprouvé le besoin de mettre de l'ordre. Par un colloque, à l'ambition autant scientifique qu'artistique. Afin de "Créer du sens à l'ère numérique" (les 24, 25 et 26 septembre 2003, voir l'annonce). Il paraît qu'on en avait besoin.

C'était peut-être vrai. Cet automne encore, il faut naviguer entre différents lieux, plus ou moins neufs (Beaubourg, les Bouffes-du-Nord, l'Ircam, La Gaîté-lyrique, Le Cube à Issy-les-Moulineaux...) et différents pays pour se frayer un chemin dans la rentrée cyber. Année de la Chine oblige, c'est vers des créateurs asiatiques que le cyberspectateur parisien est tout d'abord orienté. En novembre, dans le cadre du festival d'Automne, la Gaîté-lyrique présente "Etre humain trop lourd", une rétrospective de l'oeuvre de Du Zhenjun, un artiste multimédia né à Shangaï et aujourd'hui installé à Paris. Loin du discours usuel sur la recherche d'une interactivité spontanée entre l'homme et la machine, Du Zhenjun propose des installations qui utilisent une technique de numérisation du corps humain. La visite de l'oeuvre se fait au coeur même du dispositif et lie chaque modification de l'oeuvre à des actions physiques. "Si tu veux voir, apprends à agir", aime ainsi à répéter l'artiste.

Au Cube, les artistes chinois sont également exposés. Les soirées vidéo du jeudi consacrent une séance à la création audiovisuelle contemporaine dans ce pays. Le 23 octobre, les "Nouveaux gestes chinois" présentent des oeuvres venues notamment de Hong-Kong où le traitement sonore est annoncé comme particulièrement original. Mais le Cube s'intéresse également à l'empire du Levant, avec une autre soirée vidéo, en novembre, intitulée "Made in Japan" et une exposition, "Allo... Moshi Moshi...", qui présente des regards croisés sur la création graphique entre Paris (Thomas Guillaumot, Outliner...) et Tokyo (Radical Suzuki, Kazuhito Nishino...).

La programmation cyber permet également d'explorer d'autres contrées. A Beaubourg, les "Cinémas de demain" poursuivent leur Tour du monde du web et mettent le cap en octobre sur la Scandinavie. L'occasion, avec le curator d'origine finlandaise Hanna Harris, de découvrir la création web de cette région et de jeter un premier regard sur Isea 2004, 12e symposium international des arts électroniques. Cette année, cette manifestation biennale se tient au bord de la Baltique. Durant une semaine au mois d'août, les participants traverseront la mer plusieurs fois pour aborder les nouvelles technologies portables (Tallinn, Estonie), les expériences en réseau (Stockholm, Suède) ou les dernières évolutions du sans-fil (Helsinki, Finlande). Mais la Gaîté-lyrique s'intéresse également à l'Europe, avec ses soirées "Scanner" consacrées aux Italiens Davide Grassi ou Maurizio Squilante, compositeur de l'opéra multimédia The Wings of Daedalus, une création où se déploie tout une imagerie vidéo géante actionnée par les mouvements des danseurs sur la scène.

Car à vrai dire, c'est en matière de musique contemporaine que l'art électronique semble faire les plus belles saillies cet automne à Paris suite de l'article...)

Benjamin Bibas


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